« Depuis qu’il a eu l’audace de taper de manière consciente et volontaire sur un caillou pour en changer la forme, l’homme n’a pas cessé d’agir l’environnement pour son propre profit »  Yves Coppens

L’eau c’est la vie, l’eau est minérale (potable pour la meilleure, polluée pour la pire) donc la vie est minérale toute la question est de vérifier la véracité de ce syllogisme.

Qu’ils soient petits ou gros, blancs ou noirs nous en consommons tous, tous les jours à toute heure de la journée j’ai nommé les cailloux.

Boire dans un verre (silice) puis prendre le train (ballast) ou la voiture sur une route (granulats) pour arriver à l’heure grâce à notre montre (à quartz) à une adresse (bâtiment en béton : granulats, sables, ciments) dans une pièce vitrée (silice) recouverte de plâtres (gypse), puis rentrer chez soi avec son GPS et son Smartphone (terres rares) aller vite aux toilettes (feldspaths) et se laver les dents (talc).

Après l’eau ce sont les cailloux que nous consommons le plus, environ 7 tonnes par habitants par an ( en France) autant que de déchets et ça tombe bien, pour ainsi dire, les carrières d’extraction de roches sont souvent réaménagées en déchetteries ou centre d’enfouissement technique. Mis à part les cailloux rares,  une production de cailloux est rentable compte –tenu du coût du transport dans un périmètre limité autour du site d’extraction ce qui nuance la notion de mondialisation dans ce domaine. Par exemple rares sont les îles habitées (eux même cailloux entourés d’eau) qui ne possèdent pas de carrières. Au delà de cet aspect matérialiste les cailloux nourrissent aussi notre esprit à l’instar des jardins japonais comme au  Ryoan-ji à Kyoto où les rochers représentent les montagnes et les cailloux blancs ratissés, la mer avec ses ondulations.

Voila donc une pierre de plus à l’édifice qui introduit par ailleurs la notion d’échelle.

C’est d’autant plus vrai en géologie où une pierre peut révéler des informations aussi bien dans sa structure interne que dans son contexte régional, de la lame mince pour regarder la structure de la roche au microscope  (30 micromètre) à la tectonique des plaques (30 kilomètres en moyenne pour l’épaisseur de la lithosphère continentale) soit un rapport de 1 milliard autrement dit il faut multiplier par dix, 9 fois !

Et c’est précisément la connaissance de la géologie  à l’échelle d’un gisement à ciel ouvert ou en souterrain qui va permettre à l’homme d’extraire ces cailloux dont il a tant et tant besoin au point de devenir avec ce qu’il emprunte à la ressource minérale un véritable acteur géologique. Depuis des millénaires les informations gravées dans le minéral (de la pierre tombale au DVD) font l’histoire sur un  matériau commun à l’humanité.  Avec plusieurs centaines de millions de tonnes par an et autant de déchets produits, indépendamment de son action sur l’air, le climat et l’eau c’est déjà suffisant pour qualifier l’ère que nous vivons depuis la révolution industrielle d’ « anthropocène ».

La citation de J. Kessel n’a jamais eu autant de sens « Derrière l’Histoire il y a l’Homme ».

Parce que c’est bien les hommes qui agissent dans notre système de surconsommation depuis les outils  rudimentaires de l’âge de pierre (obsidienne par exemple) jusqu’aux engins fortement mécanisés dopés en minerai de toute sorte. C’est d’ailleurs des engins dit spatiaux qui nous ont fait prendre conscience de la finitude de notre caillou dans l’univers à l’instar de ce caillou perdu au milieu de l’océan tant attendu par les premiers marins.

ryoanji

Le Ryoan-ji à Kyoto (Japon)

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