Pierres figures

« Ces pierres prennent figure et font des grimaces plus ou moins menaçantes, selon que les regards curieux des profanes leur déplaisent plus ou moins…Quelquefois, on passe auprès d’elles sans les voir : c’est qu’en réalité, dit-on, elles n’y sont plus. Elles ont été faire un tour de promenade, et il faut vite s’éloigner le plus possible du chemin qu’elles doivent prendre pour revenir à leur place accoutumée… D’ailleurs, elles sont condamnées à retourner dans leur endroit; si elles n’ont pas assez de mémoire pour le retrouver tout de suite, c’est tant pis pour elles: elles erreront un an s’il le faut, en courant sur leur tranche, ce qui les fatigue beaucoup, et il leur est défendu de se reposer autrement que debout, tant qu’elles n’ont pas regagné le lieu où elles ont permission de se coucher. Nous avons vu quelquefois de ces pierres appelées pierres caillasses ou pierres sottes. Ce sont de vraies pierres de calcaire caverneux, dont les trous nombreux et irréguliers donnent facilement l’idée de figures monstrueuses» George Sand dans « Légendes rustiques – Les pierres sottes » (1858).

chien figure

D’autres histoires de cailloux:

La chaleur de la terre : géothermie

« Le problème fondamental de l’industrie consiste à découvrir des sources d’énergie inépuisables et se renouvelant presque sans travail …Or le principe de cette invention est facile à concevoir: il faut utiliser la chaleur solaire, il faut utiliser la chaleur central de notre globe. Les progrès incessant de la science font naître l’espérance légitime de capter ces sources d’une énergie illimitée. Pour capter la chaleur centrale, par exemple, il suffirait de creuser des puits de 4 à 5000 mètres de profondeur…A cette profondeur, on posséderait une source d’énergie  thermoélectrique sans limite et incessamment renouvelée. » Discours du 5 avril 1894 intitulé « En l’an 2000 » de Marcellin Berthelot (1827-1907), inventeur de la chimie moderne.

Depuis longtemps, les mineurs de fond savent que la température augmentent avec la profondeur. Cette augmentation ou gradient moyen est de 3°c par 100 m de profondeur. La géothermie vise à prélever à travers des forages cette chaleur de la terre (transportée par l’eau) la plus élevé possible et à des profondeurs les moins élevées possibles. Et c’est faisable partout sur terre mais encore plus efficace quand le gradient est supérieure à la moyenne c’est-à-dire dans des zones d’anomalies surchauffées proches de la surface comme dans un complexe volcanique actif.

C’est une énergie disponible en permanence contrairement à d’autres énergies renouvelables: de la géothermie basse consommation pour un réseau de chauffage à la géothermie haute énergie où l’eau est récupérée sous forme de vapeur pour produire de l’électricité grâce à des turbines et des générateurs.

Dans un pays volcanique comme l’Islande, 90 % du chauffage urbain et 30% de la production totale d’électricité sont assurés par la géothermie. Des bananes y poussent tranquillement sous serres.

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Réseau de transport de la chaleur en Islande

Voir aussi :

Les dimensions de la Terre

« Pour vous donner une idée des dimensions de la terre je vous dirai qu’avant l’invention de l’électricité on y devait entretenir, sur l’ensemble des six continents, une véritable armée de quatre cent soixante-deux mille cinq cent onze allumeurs de réverbères. » Antoine de Saint-Exupéry  » Le Petit prince »

A partir de l’observation le grec Eratostène au IIIe siècle avant J.-C. , donna une estimation de la circonférence terrestre dans l’unité de l’époque : « le stade ». Compte-tenu du débat sur son équivalent en mètres sa mesure reste incertaine mais reste une bonne approximation. Ptolémée au IIe siècle s’y été attelé aussi et trouva un résultat très différent.

En 1791, après la révolution française le système métrique français va faire son apparition, et c’est justement la mesure de la Terre qui va devenir la référence pour déterminer le mètre étalon comme la 1/40000000 partie de la circonférence donc égale à 40000 km. Cela parait évidement de parler de mesures maintenant établies en mètre, mais au XIXe siècle plusieurs autres unités étaient encore largement utilisées (la toise, la lieue).

« La Déclaration universelles des droits de l’homme et du citoyen avait fait les hommes égaux devant la loi, le système métrique les fit égaux devant la mesure des choses » Denis Guedj dans « le mètre du monde ». L’uniformité des « poids et mesures » en France est devenu obligatoire le 18 germinal an III c’est-à-dire par un décret de l’assemblée conventionnelle du 7 avril 1795. Et c’est ainsi que seize mètres étalons en marbre [1] dit de Marly (provenant du magasin des marbres du roi aux Tuilleries [2] ) furent installés entre février 1796 et décembre 1797 dans les rues de Paris.

A la fin du XVIIe siècle,  le rayon de la terre était connu à quelques mètres près. Et un siècle plus tard en plus d’un rayon de 6366 m, on avait estimé le plus haut sommet connu dans l’Himalaya à 8840 m. Par contre beaucoup de « terra incognita », de taches blanches, à commencer par les pôles. Les expéditions s’étaient arrêtées à 83° 20′ de latitude nord (Markham 1876) et 78° 10’de latitude sud (Ross, le découvreur entre autres du mont Erebus en Antarctique).

« Mesurer c’est savoir. » Jean-Baptiste Kléber

De nos jours, le rayon de la terre est de 6371 m, mais en réalité il varie de 6378 m pour l’équateur à 6356 m aux pôles et l’Everest est à 8848 m d’altitude. La terre n’est pas plate mais elle est aplatit !

A Paris, le mètre étalon qui est encore sur son site d’origine se trouve 36 rue Vaugirard, le second est au 13 place Vendôme à coté de l’entrée du ministère de la Justice.

metre vendome

Origine de l’eau sur Terre ?

« A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or. » Hubert Reeves

D’où provient l’eau sur Terre ? Un débat s’est installé dans la communauté scientifique entre ceux qui penchent pour une origine extérieur, extra-terrestre donc et les partisans d’une origine interne à notre planète.

Il se trouve que l’eau a une signature (rapport des isotopes de l’hydrogène) qui permet de différencier ses caractéristiques dans le temps. A partir d’échantillons d’eau de comètes ou d’astéroïdes d’une part, ou plus récemment sur des gouttelettes emprisonnées dans des anciennes laves en provenance du manteau profond (novembre 2015, Science) d’autre part, les analyses ne permettraient pas de rejeter ni l’une ni l’autre hypothèses.

Aussi, qualitativement, l’origine n’est peut-être pas unique et comme d’habitude la suite des travaux devra déterminer quelle est la part de l’une par rapport à l’autre. Notre planète bleue est la seule du système solaire a possédé des océans qui la recouvre à 71%.

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Geysir en Islande

A voir aussi sur :

– les extrêmes de l’eau sur la planète https://eauterrefeuair.wordpress.com/2016/01/03/7-phenomenes-du-monde-eau

– l’eau et l’énergie https://eauterrefeuair.wordpress.com/2016/01/23/energies-de-la-mer

– le cycle de l’eau https://eauterrefeuair.wordpress.com/2015/12/12/le-cycle-de-leau

– les états de l’eau https://eauterrefeuair.wordpress.com/2015/12/02/leau-dans-tous-ses-etats

Dans le noir de l’univers

« Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine, mais en ce qui concerne l’univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue » Albert Einstein. Aussi il est intéressant d’ajouter « On oublie toujours que l’infini n’a pas non plus de commencement.» Claude Frisoni.

Les éléments observables dans l’univers, et la terre à fortiori, ne sont qu’une portion infime d’un contenu global. « Toutes les richesses du monde logeaient dans un grain de poussière égaré parmi les constellations » Antoine de Saint Exupéry dans « Terre des hommes » ( Voir aussi : Notre caillou vu de l’espace). Cette partie de matière visible donc ne représente en effet que 4,9%.

Compte-tenu des découvertes de la gravitation universelle de Newton et de la relativité générale d’Einstein faisant jouer un rôle aux objets possédants une masse, les astrophysiciens ne peuvent se contenter des objets observables pour expliquer la cohésion des galaxies. C’est pourquoi une masse « invisible » dit de matière noire a été introduite, elle est estimée à 26,8%.

Mais le compte n’y est pas, les 68,3% restant du contenu de l’univers a été défini comme une énergie « noire » ou « sombre » qui participe au travail des forces à l’oeuvre dans une expansion accélérée…

En fait cette énergie noire, d’un « vide » très important, se rapproche de la conception asiatique (voir Musashi).

Une autre zone d’ombre persiste « the Big Question », l’instant zéro de l’univers plus connu comme l’hypothèse du « Big Bang », il y a 13,77 milliards d’années, qui se cache derrière le bien nommé mur de Planck (à l’instant t=10-43 secondes).

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« Le petit prince s’assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel : Je me demande, dit il, si les étoiles sont éclairés afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne. Regarde ma planète. Elle est juste au-dessus de nous … Mais comme elle est loin! » Antoine de Saint-Exupéry.

Fossiles : la quête du caillou manquant

ou l’imprimerie des âges premiers.

« Mais de quel origine êtes vous ?  » demanda un jour un responsable politique à un paléoanthropologue lui faisant visiter la grotte Chauvet et de répondre  » Comme vous Monsieur le Président d’Afrique de l’est. »

Les paléoanthropologues étudient ces cailloux que l’on appelle les fossiles et autres artefacts (souvent des outils de pierres) pour comprendre le passé qui est imprimé dans des couches géologiques où et protégé depuis des millions d’années. Nombre de ces dépôts se retrouvent en surface là, où les sédiments accumulés se sont érodés, dans la Vallée du Rift éthiopien et la dépression d’Afar qui, selon la formule consacrée, est le berceau de l’humanité.

Les fossiles dans les sédiments sont des parties d’animaux ensevelies, en particulier les os et les dents qui sont plus résistants à la pourriture et sont remplacés par des minéraux. Les dépôts géologiques contenant des ressources paléoanthropologiques comme les artefacts de pierre et les fossiles sont très rares. En Afrique, la plupart de ces sites sont confinés dans la vallée du Rift, car c’est ici que les sédiments se sont accumulés pendant l’évolution des hominidés. Les rifts, lacs et  rivières sont des lieux propices pour imprimer des preuves du passé et les protéger par enfouissement. Parce que ces environnements de rift sont également géologiquement actifs, les sédiments anciens peuvent revenir à la surface par l’érosion et exposer leurs précieuses antiquités.

Dans la recherche de fossiles,  les paléoanthropologues n’ont pratiquement jamais trouvé des crânes ou squelettes entiers à la surface. En général, les os fossiles ont perdu toute matière organique, et sont très fragiles. Lorsque les fossiles atteignent la surface par érosion, ils ont tendance à se briser en petits morceaux semblables à de petits cailloux. Dans ces conditions cela nécessite des connaissances détaillées du squelette de toutes sortes de mammifères et d’autres vertébrés, ainsi que les données géomorphologiques locales. Ces opérations d’excavation par tamisage peuvent durer des jours ou des semaines.

Les paléoanthropologues ne creusent pas au hasard, en espérant trouver quelque chose d’intéressant, ils identifient plutôt les endroits susceptibles de contenir des artefacts en cherchant soigneusement la surface des traces d’habitations anciennes. Quand la fouille commence chaque fragment trouvé est répertorié et documenté avec précision. Cependant, même dans les meilleures circonstances, ces antiquités du passé lointain sont extrêmement rares même dans la Rift Valley éthiopienne pourtant un des domaines de recherche de la paléoanthropologie les plus importantes du monde avec les plus anciens outils de pierre taillées.

« Depuis qu’il a eu l’audace de taper de manière consciente et volontaire sur un caillou pour en changer la forme, l’homme n’a pas cessé d’agir sur l’environnement pour son propre profit »  Yves Coppens

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Du feu central à la graine

« J’avouerai donc que ce feu central, le pyriphlégéthon* des anciens, me semble une grande et ingénieuse conception. » Arnold Boscowitz dans  » Les volcans » (1890).* fleuve de feu des enfers dans la mythologie grecque.

Depuis le XVIIe siècle l’idée d’un feu central (ou chaleur central) est défendu par Descartes puis c’est Leibniz qui défendra ce principe.

En 1665, le père jésuite Athanase Kircher livre une coupe de la Terre avec ce feu central.

C’est Newton qui, en 1687, évoque un aplatissement de la Terre. Il va ainsi naître un débat sur les explications entre partisan d’une fluidité par un océan originel ou par le feu central.

En 1749, au siècle des Lumières, Buffon affirme que la terre était en fusion à ses origines, mais il faudra encore les arguments de Laplace en 1825 pour trancher le débat. Il s’agit de la théorie dite « plutoniste » qui fait donc référence depuis le début du XIXe à la chaleur interne comme moteur. «On voit par tout ce que nous venons de dire, combien les feux souterrains contribuent à changer la surface et l’intérieur du globe. » Buffon dans Histoire naturelle générale et particulière (1749).

A la fin du XIXe, l’hypothèse d’un noyau fluide de fer et de nickel est admise par tous.

Depuis les géophysiciens n’ont toujours pas accès directement au centre de la terre mais les méthodes indirectes de la sismologie (tomographie active en particulier) ont permis de mieux comprendre l’intérieur du globe et sa composition.

« Enfin, en 1936, la sismologue danoise Inge Lehmann…vient de faire la dernière découverte majeure sur la structure de l’intérieur de la Terre : au sein du noyau liquide existe une graine solide de 1220 km de rayon. » Vincent Courtillot dans »Nouveau voyage au centre de la Terre ».

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Coupe de la terre du père Athanase Kircher  (1665)

Que d’idées ont germé au siècle des Lumières.