Le modèle réduit que constitue une île volcanique est de notre point de vue moderne un bon retour d’expérience pour comprendre les différentes interactions de ce que nous appelons le développement. Ce développement des sociétés est, faut il le rappeler durable, quand il repose sur trois piliers équilibrés que sont les interactions sociales, économiques et environnementales. La valeur que l’on attribue à chacun des piliers est souvent inégales ce qui peut entraîner un déséquilibre voir un « effondrement » à l’instar de ce que Jared Diamond décrit dans son livre éponyme ou « Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ».

L’auteur met en avant cinq facteurs dans le processus, pour l’aspect social il y a le choix fait par une société avec ses valeurs face aux problèmes rencontrés et aux relations avec ses voisins, pour l’aspect économique il y a les rapports commerciaux entretenus avec ses partenaires et pour l’aspect environnemental, il y les impacts directs des sociétés en question et les impacts dûs aux changements climatiques mais surtout la combinaison des deux.

Dans la catégorie disparition on retrouve :

– L’île de Pâques a subi un effondrement en raison des dommages environnementaux qui ont été causés à la forêt et aux espèces variées maintenant disparues comme le plus grand palmier du monde. Le renouvellement des végétaux est plus difficile sur des îles qui ne sont pas régulièrement fertilisées par la cendre des éruptions et où les sols sont lessivés par les pluies. Ces volcans sont anciens et peu élevés, ils ne retiennent pas les nuages. La péninsule de Poike a été déboisée en premier et se trouve être la partie la plus érodée. Il a été mis en évidence par l’archéologue Chris Stevenson que pour s’adapter aux conditions devenues très difficiles, les habitants utilisaient les roches volcaniques pour protéger  les plantations du vent.

« L’isolement de l’île de Pâques en fait l’exemple le plus flagrant d’une société qui a contribué à sa propre destruction en surexploitant ses ressources« .

– L »île de Pitcairn (basaltique)  a connu un effondrement, avant tout, en raison de la perte de ses relations commerciales. En effet les habitants de Pitcairn fournissaient l’île voisine d’Henderson (récif calcaire) en outils comme des hachettes de basalte et en échange Henderson fournissait très probablement des produits alimentaires à Pitcairn. Suite à l’arrêt de ces échanges de marchandises les populations disparurent et  » Nul ne sait vraiment comment la vie humaine s’éteignit sur Pitcairn et Henderson« .

Dans la catégorie adaptation, on peut citer :

– Tikopia, malgré les cyclones et son isolement, pratiquait les échanges de roches volcaniques avec une île voisine Vanua Lava ce qui ne l’empêchait pas de subvenir à ses besoins alimentaires. Contrairement à l’île de Pâques qui est située à l’est de ce que les anciens appelait, avant la tectonique des plaques, l’Andésite line et qui ne permet pas d’apports en nutriments transportés par les vents, Tikopia, elle, bénéficie de ces retombées fertiles (des volcans de cette zone entre autres) et d’une bonne pluviométrie. Par contre cette autosuffisante est durable à condition de réguler la population, ce qui est encore le cas aujourd’hui. C’est également le cas des îles Tonga qui ont su résister à la pression démographique. La différence réside dans la gestion des vastes ressources naturelles qui sont administrées par le roi centralisant les décisions pour préserver le long terme.

– Le Japon (de l’ère Togukawa ou Edo) reste un exemple représentatif d’un tournant dans la bonne gestion par le haut des forêts, du transport à la consommation de bois. De la même manière c’est les pluies abondantes et les sols volcaniques fertiles jeunes qui permettent une repousse rapide. Les montagnes japonaises sont de formidables châteaux d’eau pour l’approvisionnement des lacs volcaniques naturels très profonds (lac Tazawa 423 m, lac Shikotsu 363 m) ou des lacs de barrage (lac Chuzenji 123 m). Par ailleurs, la société japonaise a su, politiquement et socialement, dans son ensemble (du paysan au shogun) mettre en place une organisation durable sur le long terme.

 » Nul besoin de faire de la Terre un paradis : elle en est un. A nous de nous adapter pour l’habiter. » Henry Miller

Japon
Forêt sur le mont Koyasan (Japon)

 

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