Un monde soutenable

Dans l’antiquité c’est Atlas qui avait la lourde tâche de soutenir le ciel et le monde. Pendant la révolte des géants à l’instar de Sisyphe [1] esclave de son rocher, Encelade [2] ensevelit sous la Sicile ou Prométhée [3] enchaîné, Atlas, comme complice fut condamné par Jupiter à soutenir sur son dos la voûte céleste pour la terre tout entière. Il est donc représenté le dos voûté !

Au début de notre ère que ce soit César ou plus tard Napoléon Ier au XIXe siècle, en passant par les rois représentés avec l’Orbe (le globe surmonté d’un croix comme insigne royale), le monde était soutenu dans la paume de la main.

 

D’un certain point de vue le monde de la connaissance comme Prométhée l’a transmise à l’humanité était réservé à une élite, maintenant il est accessible à un plus grand nombre. Maintenant (ou main tenant comme le souligne Michel Serres [4] dans son livre « Petite Poucette ») tout un chacun a le monde à sa portée (de main) sur son smartphone, sa tablette, son portable. Le monde serait il redevenu plat comme un écran ? Ce monde virtuel est il réellement soutenable avant de devenir durable [5] ?

« L’optimisme c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » Voltaire

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[1] La vie assumée de Sisyphe

[2] Le mythologique volcan Etna

[3] Prométhée et la connaissance

[4] Michel Serres : le philosophe des éléments

[5] Un monde durable

Les catacombes de Paris …

… selon Georges Sand (1804;1876):  » Nous suivîmes la raie noire tracée sur le banc de roc calcaire qui forme le plafond des galeries. Cette raie sert à diriger les pas de catacombes.jpgl’homme dans les détours inextricables qui occupent huit ou neuf lieues d’étendue souterraine. Au bas d’un bel escalier, taillé régulièrement dans le roc, nous trouvâmes une source limpide incrustée comme un diamant sans facettes dans un cercle de pierre froide et blanche ; cette eau , dont le souffle de l’air extérieur n’a jamais ridé la surface , est tellement transparente et immobile, qu’on la prendrait pour un bloc de cristal de roche…Cavernes éplorées , retenez vous donc votre proie avec délice, pour ne la rendre jamais à la chaleur du soleil? Mais non ! on est frappé d’un autre sentiment en parcourant à la lueur des torches les funèbres galeries des carrières qui ont fourni à la capitale ses matériaux de construction. La ville souterraine a livré ses entrailles au monde des vivants, et, en retour, la cité vivante a donné ses ossements à la terre dont elle est sortie. »

Cet endroit fut d’abord nommé « source de Léthé » ou « de l’Oubli », on lui a donné ensuite le nom de « Fontaine de la Samaritaine » en référence à un verset de l’Évangile.

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Fontaine de la samaritaine ( Archive BNF)

 

Autres billets sur Georges Sand : « Pierres-figures » et « Le ruisseau, l’insecte et le lotus » ou sur les carrières souterraines de Paris.

George Sand

Ce feu vivant de la terre

C’est quoi au juste la Terre vue de loin [1] ? Gaïa un organisme vivant boutonneux ou une complexe machine thermique libérant la chaleur interne du Globe depuis plusieurs milliards d’années.

Le point de vue de Lovelock, c’est l’attrait de l’ anthropomorphisme à l’extrême,  avec « La terre est un être vivant – L’hypothèse Gaïa » dont « Nous sommes le système nerveux ». C’est le mélange des genres entre le minéral et l’animal comme l’aimait à le pratiquer Ovide dans « Métamorphoses » (livre XV) : »Si la terre est un animal vivant, pourvu, en beaucoup de lieux différents, d’organes respiratoires qui exhalent des flammes, elle peut bien changer les canaux par où elle respire et, chaque fois qu’elle est ébranlée, fermer certains de ces canaux et en ouvrir d’autres. »

Pour Léonard de Vinci [2] c’est l’eau qui était vitale à la terre mais on sait très bien que l’eau et la lave en contact c’est plus qu’une simple combinaison, cela devient détonnant, c’est le phréato-magmatisme un des moteurs du volcanisme explosif. A l’évocation du « fils » du Krakatao [3] par exemple et de tous ces traits de caractère qui sont utilisés universellement pour décrire les volcans, souvent personnifiées par ses riverains. Il est tentant de faire le parallèle avec un être vivant, les deux termes « feu » ou « sang » reviennent souvent pour nommer la lave et puis ne dit on pas tout simplement que les volcans mettent souvent une région à feu et sang, ou qu’ils sont souvent une expression des colères de la terre. IMG_3293Mais comme l’explique Gaston Bachelard dans « Psychanalyse du feu », le feu est à la fois le mal et le bien, « il brûle en enfer en même temps il brille au paradis » et « il réchauffe et réconforte » ou encore « il détruit les herbes folles et enrichit la terre ».  De nombreux auteurs ont en effet vulgarisé le terme de « feux  » à l’instar du couple Kraft « Les feux de la Terre » ou la série documentaire « Le feu de la terre » de Haroun Tazieff.

Haroun Tazieff [4] disait :  » La prévision est très semblable à celui d’un diagnostic médical. C’est une connaissance acquise par la pratique clinique des malades, en volcanologie c’est la pratique clinique des éruptions volcaniques. » Dans cette approche le patient qu’il faut ausculter avec des instruments comme les sismographes ou autres inclinomètres,  donnent régulièrement le pouls du volcan surtout quand il a la fièvre, quand la lave qui lui monte au cratère.

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[1] Notre caillou vu de l’espace

[2] Léonard de Vinci, la maîtrise des éléments

[3] Krakatao, le choc des générations

[4] Haroun Tazieff, l’homme tout feu tout flamme

Les quatre éléments selon Pajou

Le sculpteur français Augustin Pajou (1730;1809)

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A. Pajou (Archive INHA)

, contemporain de Buffon [1] il lui a d’ailleurs consacré une statue, a réalisé en 1767 pour les quatre dessus des portes latérales du grand salon de l’hôtel de Voyer d’Argenson connu aussi sous le nom de Chancellerie d’Orléans, quatre bas-reliefs en plâtre doré évoquant les quatre éléments avec des références mythologiques (Image à la Une, la Terre, et clichés noir&blanc ci-après tirés de la Gazette des beaux-arts, 1914, archive BNF). Cet hôtel particulier proche du Palais Royal entre le 19 de la rue des Bons-Enfants et le 6 de la rue de Valois fut démolit en 1923. Ces bas-reliefs sont désormais exposés au musée des Archives nationales, Hôtel de Soubise à Paris (clichés couleurs, 2016, musée des Archives nationales).

« La Terre, ou le triomphe de Cybèle [2]« , note du musée des Archives nationales : « Mère des dieux, Cybèle est accompagnée par les quatre saisons : le printemps devant elle, à sa droite, et l’automne, l’été et l’hiver à sa suite. Pajou s’est inspiré, pour cette composition originale, de différentes sources et notamment de ses propres dessins rapportés d’Italie. »

Pajou porte TerrePajou terre

 

« Le Feu, ou Pluton enlevant Proserpine », note du musée des Archives nationales : « Pour illustrer le Feu, Pajou a représenté Pluton, dieu des enfers,  enlevant Proserpine, fille de Cérès, pour l’épouser. Le sculpteur montre ici sa maîtrise du dessin et des raccourcis perspectifs. »

Pajou porte le feuPajou feu

 

 

« L’air, ou Borée [3] enlevant Orythie », note du musée des Archives nationales : « L’air est représenté par le dieu Borée, personnification du vent du Nord. Celui-ci enlève pour l’épouser la nymphe Orythie, fille du roi d’Athènes Erechtée, qui se refusait à lui. La composition de Pajou offre un équilibre harmonieux d’ailes, de nuages et de drapés autour de la figure centrale du vent. »

Pajou porte airPajou air

 

« L’eau, ou Neptune protégeant Amymone », note du musée des Archives nationales : « Poursuivie par un Satyre, Amymone, fille de Danaos, est défendue par Neptune. Ce sujet peu fréquent avait été peint par Carle Van Loo en 1757. Pajou le reprend avec talent, et parvient notamment à rendre la figure de Neptune aussi menaçante envers le satyre que protectrice pour Amymone. »

Pajou porte eauPajou eau

[1] Buffon et la géologie moderne

[2] Iconologie : la terre

[3] Les vents mythologiques

 

Brueghel et la toile des éléments

« Enfin un lieu cultivé a plus de vertu que les terrains incultes, et les fruits s’améliorent sous des mains actives : la terre renferme donc des principes ; et c’est en remuant avec la charrue les glèbes fécondes, en bouleversant la surface du sol, que nous les excitons à se produire » Lucrèce poète latin (-98 ;-55)

Cette oeuvre du peintre hollandais du XVIe siècle met en scène Icare qui se brûle les ailes et tombe à l’eau. Il est à peine visible immergé sur le tableau dans le coin droit, ce qui clos la scène décrite par le grand poète latin Ovide (-43; 17 ou 18) dans « Métamorphoses » au livre VIII : « Dédale et Icare ».

Icare représente le rêve aérien tandis que le vent gonfle les voiles du navire. Il y a, à l’opposé, la réalité de la terre nourricière au premier plan avec le laboureur. Et ce berger regardant en l’air appuyé solidement sur son bâton semble faire le lien entre le ciel et la terre. Le tout est accentué à l’horizon par quelques montagnes abruptes et un soleil plongeant. Malgré les éléments, le terrien est maître de son labour et le marin de son navire.

« La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle …Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu’il dégage est universelle. » l’aviateur Antoine de Saint-Exupéry (1900;1944) dans « Terre des hommes ».

Brueghel est aussi l’auteur d’une toile sur un épisode du petit âge glaciaire qui a sévit du XIVe siècle au XVIIe siècle et qui a entraîné des crues destructrices de la Seine à Paris avec des blocs de glace venant heurtés les ponts [1].

Les chasseurs dans la neige Brueghel l'Ancien

[1] Scènes de crues à Paris

Les couleurs de l’eau

« Cet été je suis allé dans une île paradisiaque. L’eau y était d’une si belle couleur que j’en ai rapporté pour en mettre dans ma baignoire »  Marc Escayrol fait ici de l’humour bleu, ce n’est pas comme le sable [1], en fonction de la hauteur d’eau, la lumière pénètre plus ou moins profondément. L’eau est incolore quand on la voit couler ou jaillir d’une fontaine. Les étendues d’eau sont turquoises, bleues marines et autres dégradés de bleus qui nous font dire que la terre est une planète bleue [2].Sur les cartes nous trouvons aussi, la mer noire , le fleuve jaune, la cote d’émeraude, etc …

Parce l’océan et les rivières sont incrustées de faunes et de flores qui colorent ou plutôt qui donnent une couleur si particulière localement à l’eau qu’elle en prend la teinte au grès des saisons et des courants. L’eau transparente possède au final une palette de couleurs peut être encore plus variée que le ciel [3] qui s’y reflète nous le laisse entrevoir.

Et que dire de l’eau glacé des énormes bloc de glace qui révèle un bleu profond qui semble intrinsèque à l’état solide de l’eau. Et l’eau a-t-elle véritablement la même couleur si on la regarde avec un œil d’artiste, de scientifique, de pêcheur à la ligne ou tout simplement de l’intérieur en nageant au fond de la piscine ou dans un lagon ? L’eau crée ses couleurs, elle est à la base des arc-en-ciel, de cette décomposition de la lumière chère à Newton [4] .

Du noir au blanc en passant par tous les niveaux de gris l’eau c’est aussi les nuages, sans oublier la touche du soleil pour une coloration plus chaude au levant ou au couchant. Bleu , blanc ou tout simplement transparente l’eau est vive comme peut l’être ses couleurs.canaima.JPG

[1] Sables et couleurs

[2] Notre caillou vu de l’espace

[3] Ciel bleu et rouge

[4] Isaac Newton : forces et couleurs dans l’air

Bienvenüe : le père du métropolitain de Paris

« Jovis erepto fulmine per inferna vehitur Promethei genus » « Grâce à l’étincelle enlevée à Jupiter, les enfants de Prométhée sont transportés dans les antres souterrains. » Fulgence Bienvenüe (1852;1936), le père du chemin de fer métropolitain de Paris a trouvé cette formule latine (moderne à cause du J de Jovis) pour désigner son oeuvre d’ingénieur : «  l’étincelle enlevée à Jupiter »[1] c’est l’électricité, « les enfants de Prométhée »[2] ce sont les Hommes et  les « antres souterrains » ce sont les tunnels. Même si les stations de Montparnasse et Bienvenüe ont fusionné c’est cocasse de retrouver ce latiniste [3] associé à un mont grec. Il aurait été plus opportun d’associer Bienvenüe et à la station Cité (sur la ligne 4 dans le 4e arrondissement de Paris), non loin du temple de Jupiter de la Lutèce gallo-romaine jusqu’au IVe siècle.

Par ailleurs, au pied du Mont Parnasse se trouvait la cité de Delphes qui tire son nom des dauphins.

[1] Du foudre à la foudre

[2] Prométhée et la connaissance

[3] Quelques éléments de locutions latines