Sept d’un coup

Dans une petite ville d’un petit pays vivait un petit tailleur. Tout à son travail, une seule chose agaçait, le petit tailleur : c’étaient les mouches. Comme il faisait extrêmement chaud, elle voletaient par essaim. A chaque moment, il fallait que notre homme battit l’air de ses bras. Une sourde colère commençait à gronder dans l’âme du tailleur. Il saisit un morceau d’étoffe, et frappa de toutes ses forces sur un groupe d’insectes. Oh prodige ! Sept sept des mouches s’étaient trouvées assommées du coup ! Ce spectacle fut pour le tailleur un trait de lumière et il s’empressa de faire graver sur sa cuirasse, ces mots mystérieux : Sept d’un coup !

A la cour

Le roi, la reine et le jeune prince héritier voulurent voir le noble inconnu qui s’affichait avec sa cuirasse gravée. Immédiatement un chambellan fut charger d’aller quérir l’étranger et c’est ainsi que le tailleur se retrouva à la cour avec un logement magnifique et des appointements à l’avenant. Cependant les seigneurs de la cour ne tardèrent pas à jalouser le nouveau venu. Comme aucun d’eux n’osait s’attaquer à un adversaire capable de tuer ses sept hommes d’un coup, ils quittèrent la cour. Le roi fut très affligé, puis il finit par imaginer une ruse qui lui semblait propre à le tirer d’embarras. Il demanda au valeureux guerrier l’appui de son bras pour se débarrasser de deux géants dans la forêt voisine qui sont l’effroi du pays en échange le roi lui promit en mariage la princesse sa fille et, pour dot, la moitié de son royaume.

Les deux géants

Voilà donc le petit tailleur, l’œil au guet, à travers le taillis, pour tâcher de découvrir les géants. Un bruit étrange frappa son oreille. Bientôt il fut si violent qu’on eût cru que la forêt tout entière se transformait en un soufflet de forge. Au détour d’un sentier, au pied d’un grand arbre, les deux géants , endormis côte à côte, ronflaient à l’unisson d’un tel cœur, que les feuilles des arbres s’agitaient comme si elles eussent été  secouées par un vent de tempête. Le tailleur se recule de quelques pas afin d’éviter le courant d’air, puis, se baissant, il ramasse par terre des cailloux et grimpe sur l’arbre. De là, il commence par envoyer de toutes ses forces une bonne pierre sur le nez de l’un des dormeurs. Celui-ci s’éveille sous le choc, et, interpellant son camarade, il lui demande d’un ton irrité pourquoi il lui a donné un coup de poing. L’autre ouvre un œil hagard, et réponds qu’il ne l’a pas fait exprès, que ce sont des choses qui arrivent quand on dort. Et les deux géants se remettent à ronfler. Alors le petit tailleur prend derechef une pierre et la lance sur le nez du second géant. Et sans perdre son temps à jaser, ce dernier tombe à coups de poing sur son camarade. Le petit tailleur n’eut plus qu’a regarder la lutte titanique des deux géants qui s’exterminèrent mutuellement. Bon gré mal gré, le souverain dut donc célébrer la noce et le petit tailleur fut content de devenir une moitié de roi.

En rêve

Quelque semaine s’écoulèrent et une nuit que le sire « Sept-d’un-coup » reposait aux côtés de son épouse, celle-ci qui était éveillée , s’aperçut qu’il parlait en dormant, et découvrit qu’elle était la femme d’un petit tailleur. Dés le lendemain matin elle se rendit auprès de son père et lui fit part de sa découverte. Son infante chérie mésalliée à un petit tailleur c’était pour le roi mille fois pis que tous les géants de la terre. Le roi proposa à sa fille de le faire tuer par ses serviteurs dès la nuit prochaine. Mais dans le palais des rois, les murs mêmes ont des oreilles. Le monarque  et sa fille l’avaient oublié. La nuit venu le petit tailleur eut l’air de dormir profondément et se mit à dire comme en rêve :  » Je m’appelle Sept-d’un-coup ! J’ai crevé la panse aux deux géants ! Je vous demande un peu ce que j’ai à craindre de ceux qui se tiennent là près de ma porte ! » A peine eut-il lâché ces paroles que les hommes du roi détalèrent comme s’ils avaient eu mille diables à leurs trousses.

Jamais il ne se trouva plus personne pour oser s’attaquer au roi-tailleur.

NB: Ce conte est attribué à l’origine aux frères Grimm avec le titre « Le vaillant petit tailleur »(1812). Cet extrait est ici, tiré et adapté avec des éléments choisis d’une monographie éditée par Joubert en 1885 y compris les images (Archive BNF).

petit tailleur 7

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