La pierre de Magnésie (ou magnétite) des chinois du Ier siècle (Image à la Une avec la cuillière magnétique ou Shao de l’époque Han) est utilisée pour la cosmologie chinoise et en se perfectionnant le dispositif devient au Moyen-Age, la pierre d’aimant ou la « manière », pour la boussole destinée à la navigation aussi appelée « marinette ».

En chine, la découverte des propriétés par les chinois de la magnétite au Ier siècle sert à orienter le trône de l’empereur vers le sud puis la boussole se perfectionne jusqu’au XIe siècle, et d’après  Joseph Needham elle sera le fondement d’une autre invention celui du cadran pour visualiser les mesures : »N’oublions pas que le premier appareil à cadran et à aiguille …fut la boussole magnétique; à son développement, l’Europe ne prit aucune part. »

boussole de la lettre de Klaproth a Humboldt
Illustration de la lettre de Klaproth à Humboldt sur l’invention de la boussole (1834)

A la fin du XIIe siècle, début du XIIIe siècle, la boussole arrive en Europe, cela est attesté par trois sources historiques concordantes :

1 – Le frère dominicain et encyclopédiste allemand Saint Albert le Grand (vers 1206;1280) écrit: » Il existe une pointe dont la vertu est de faire tourner le fer vers le nord, et les marins savent s’en servir. »

2 – Alexandre Neckham (ou Nequam), encyclopédiste anglais (1157;1220), dans son traité « De nominibus ustensilium » ( Sur les noms des ustensiles) publié en 1190: « Alors que la clarté du soleil est voilé par les nuages ou que le monde est enveloppé des ombres de la nuit, et que les marins ne savent pas vers quel point de l’horizon se dirige leur navire, ils consultent l’aiguille ou l’aimant, qui oscille circulairement jusqu’à cessant de remuer, la pointe se tourne vers le nord. »

3 – Le poète français Guiot de Provins (vers 1150; après 1208) parle de la magnétite en vieux français  :  » Par la vertu de la manière, Une pierre laide et brunière » quand une aiguille la touche :  » Se torne la pointe toute contre l’estoile » tourne sa pointe vers le nord (l’étoile du nord).

Lors de son  » Voyage autour de la terre » de 1322 à 1356, Jean de Mandeville laisse une trace visuel au XIVe siècle dans « Le livre des merveilles du monde », commenté par Christine Bousquet-Labouérie intitulé « Un espace révélé » dans les « Cahiers de Recherches Médiévales et Humaines » (1997) : « Seuls deux rochers imposent une borne à un monde sans début ni fin, sans chemin, monde dans lequel ces bateaux semblent tourner indéfiniment…Celui-ci est pourtant maîtrisé, et c’est là le seul élément de ce rapport de l’homme à l’espace qu’il appréhende : la boussole sur le bateau au premier plan indique la domination de l’homme sur un monde encore inconnu pour beaucoup et qui généralement suscite la méfiance des Occidentaux. »

boussole Jean de Mandeville texte

« En cette terre, comme en plusieurs autres de par-delà, on ne voit pas l’étoile Tramontane, c’est l’étoile de mer (qui est vers le nord et ne bouge pas). » ( Archive BNF tirée de « Le livre des merveilles du monde « )

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