Les pompes du pont Notre-Dame

Le pompage de l’eau de la Seine a toujours posé un défi aux ingénieurs et architectes en raison des crues [1], mais aussi en raison de la quantité d’eau croissante à distribuer. A Paris, ce sont d’abord les installations royales qui sont prioritaires avec la pompe de la Samaritaine [2], mise en service en 1608 et à Versailles avec la machine de Marly [3] mise en service en 1684. Pour les parisiens l’eau de la Seine leur sera distribuée plus largement avec la mise en service en 1671 de deux pompes au milieu du pont Notre-Dame côté aval à la place d’un ancien moulin. Elles fournissaient un total de 80 pouces d’eau (plus de 1500 m3 par jour). C’est à cette époque, une quinzaine de fontaines supplémentaires qui va alimenter les quartiers de Paris.

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Etat approximatif du réseau alimenté par la pompe Notre-Dame en 1813

« Ces pompes toutefois ne durèrent pas longtemps ; on les refit en 1708 et, plus tard, elles furent remplacées par une machine perfectionnée…Celle-ci montait 100 pouces d’eau dans un réservoir de distribution élevé au sommet d’une tour carrée à six étages  » soit un peu moins de 2000 m3 par jour, d’après l’architecte Hoffbauer dans « Paris à travers les âges ». Et Hoffbauer d’ajouter que sur une table de marbre de Dinan au-dessus de la porte du bâtiment de la pompe était gravé :  » Aussitôt que la Seine en sa course tranquille, Joint les superbes murs de la royale ville, Pour que ces lieux fortunés elle brûle d’amour: Elle arrête ses flots, elle avance avec peine, Et par mille canaux elle se transforme en fontaine, Pour ne sortir jamais d’un si charmant séjour. L’an MDCLXXVI (1676) » signé Jean-Baptiste Santeuil.

C’est cette nouvelle pompe avec sa tour qui est représentée sur les nombreuses gravures.

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Pompe Notre-Dame et fontaine du Quai aux fleurs de l’époque (Archives BNF – 1860)

Au début du XIXe siècle sous Napoléon, la pompe de Notre Dame continua d’alimenter un trentaine de fontaines. Elles fut détruite en 1861.

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Pompe Notre-Dame en 1861 (d’après Hoffbauer)
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Pont Notre Dame et fontaine du Quai de la Corse (2016)

 

Clepsydres (horloges à eau)

clepsydresParmi l’ancêtre de l’horloge désignée ainsi par les anciens ( « qui dit l’heure » en grec ancien) figure les cadrans solaires [1] et les clepsydres . Ces dernières basées sur le principe de la mesure du temps par un écoulement régulier d’un niveau d’eau étaient plus particulièrement utilisées en hiver, parce que le soleil était le moins présent en cette saison.

Dès l’antiquité, Chaldéens , Égyptiens (fragment visible au Louvre ), Phéniciens ont imaginé un système de la mesure du temps, basé sur l’écoulement de l’eau. Le principe consiste à obtenir un écoulement régulier à partir d’un récipient constamment alimenté en eau qui se déverse dans un second récipient gradué et ainsi le niveau dans ce dernier montera d’une manière uniforme.

clepsydre-vitruseLes grecs et les romains, grands ingénieurs dans les réalisations hydrauliques perfectionneront cette horloge d’hiver pour la rendre plus précise, à commencer par Ctésibios d’Alexandrie (IIIe siècle avant J.-C.): « Et d’abord il perça une lame d’or, ou une pierre précieuse, pour l’écoulement de l’eau ; ces matières, en effet, ne s’usent pas par le frottement de l’eau, et ne produisent point de rouille qui puisse en boucher l’ouverture… » cette description de Vitruse (Ier siècle avant J.C.) dans son livre neuvième n’est pas sans rappeler le rubis utilisé dans les montres actuelles pour limiter les frottements [2]. Ainsi en utilisant la force motrice de l’eau, un mécanisme fait tourner un cadran marquant les heures, les jours , les mois (Images archives BNF).

En Grèce la Clepsydre était aussi associée à une source comme l’écrit le géographe Pausanias (vers 110; vers 180) dans sa « Description de la Grèce », livre IV : « Il y a sur la place publique de Messène, une statue de Jupiter Sauveur, et la fontaine Arsinoé, qui a pris ce nom d’une des filles de Leucippe. L’eau y vient d’une source nommée Clepsydre ».

Les chinois ont également contribué à l’évolution des clepsydres : « Les chinois stabilisèrent les têtes de pression en multipliant le nombre de vases superposés, ainsi qu’en utilisant le système du déversoir pour maintenir un niveau constant. » d’après « La science chinoise et l’Occident » de Joseph Needham et plus tard ils inventèrent, dès le VIIIe siècle sous la dynastie des Tang, des horloges hydro-mécaniques avec un échappement.

Des clepsydres à tambour, apparues en France au XVIIe siècle, disposaient d’un goutte à goutte assuré par des petits trous percés dans les sept compartiments à l’intérieur d’un tambour suspendu. Il pouvait ainsi  descendre lentement en rotation et ces horloges à eau permettaient de connaitre l’heure la nuit en la touchant, selon la notice de l’époque !

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Clepsydre à tambour

 

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Les « sept sages » selon Vitruse

« Le premier des sept sages, Thalès de Milet, soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; Héraclite prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. Euripide, qui avait été disciple d’Anaxagore, et que les Athéniens appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. Pythagore, Empédocle, Épicharme avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque. » Vitruse, architecte romain du Ier siècle avant J.-C., dans son introduction du livre huitième. Il a par ailleurs inspiré Léonard de Vinci [1] dans son dessin à la plume « l’homme de Vitruse » (Image à la Une).

Thales.jpg1 – Thalès de Milet (vers -625; vers -545 ) père de la physique grec, il prétendait que la terre reposait sur l’eau d’où les tremblements de terre quand l’eau s’agite !

Héraclite gris.jpg2- Héraclite d’Ephèse (vers -540;vers -480), contemporain de Pythagore, ce philosophe considère que « Ce monde a toujours été et il est et il sera un feu toujours vivant » et en même temps que « tout s’écoule ».

Euripide gris.jpg3 – Euripide de Salamine (vers -485; -406), tragique grec, contemporain de Socrate et élève d’Anaxagore.

anaxagore gris.jpg4 – Anaxagore de Clazomènes (vers -500;-428) philosophe, il développe la pensée suivante : « Il n’est pas possible qu’il y ait plus que le tout, mais le tout reste toujours égal à lui-même. » c’est en fait la formule reprise par Lavoisier [2] : « Rien ne se perd, rien ne se crée. » La semence pour les plantes est contenue dans le vent et l’eau des pluies.

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5 – Pythagore de Samos (vers -580;-495), père de l’arithmétique a inspiré Vitruse.

Empedovle.jpg6 – Empédocle d’Agrigente (vers -490;-435) père de la doctrine des quatre éléments [3] qu’il appelait « racines ».

epicharme n&b.jpg7- Épicharme de Syracuse  (vers -540; vers -450) poète et philosophe, élève de Pythagore.

L’aqueduc romain de Lutèce

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Tracé approximatif dans Paris

« En sortant en souterrain du carré romain de Wissous, la rigole prend la direction de Paris en suivant une cote d’altitude marquant au départ 64 m. 12, atteignant à Fresnes (distance de 1771 mètres) 62 m. 60; ayant encore une cote de 61 m. 26 en arrivant à la Hay, soit à 4788 mètres du carré romain… au passage de la Bièvre à Arcueil, 58 m. 84; à Gentilly, 58 m. 86; à Paris rue de la Glacière, 57 m. 93; rue Saint-Jacques 54 m. 27, après un parcours total 15 317 mètres. » extrait de la Commission du vieux Paris (22/06/1912). Ce qui représente au passage un dénivelé de moins de 10 m (ou 0,6 mètre par kilomètre environ) soit deux fois moins que celui de l’aqueduc de Médicis [1]. Pourtant si Vitruse (architecte romain du Ier siècle avant J.-C.), livre huitième, chapitre VI, précise que  « la construction devra être d’une grande solidité », il préconise également  » que l’on fera couler l’eau sur un lit dont la pente sera d’un demi-pied au moins sur une longueur de cent pieds » soit 5 mètres par kilomètre. Son débit devait avoisiner les 2000 m3 d’eau par jour.

aqueduc-romain-coupeLa rigole romaine (datée du IIe siècle de notre ère) est construite sur un modèle quasi identique dont les dimensions sont quasi-constante avec une rigole d’environ 70 cm de profondeur et 50 cm de large recouverte d’une dalle. « La construction est faite d’un béton …qui est d’une résistance extraordinaire quand il est formé de cailloux ; l’intérieur de la cuvette et le fond du radier sont recouverts d’un enduit de chaux très solide sur lequel est appliquée une couche de ce ciment de tuileau presque indestructible qui caractérise les travaux romain. »[2] extrait de la Commission du vieux Paris (22/06/1912). Héricart de Thury dans sa « Description des catacombes de Paris »(p. 263) le décrit comme « un chenal fait en béton de chaux, sable, ciment, cailloux et meulières, broyés et pulvérisés. »

Les vestiges découverts rue Saint-Jacques et dans le parc Montsouris à la fin du XIXe siècle ne sont pas visibles mais des sections ont été mises en valeur dans les années 90, avenue Reille et dans le square Thomas Francine (rue de l’empereur Valentinien) avec des médaillons au sol de la Louve romaine.

La pompe-fontaine de la Samaritaine

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Etat approximatif du réseau alimenté par la pompe de la Samaritaine en 1813

Extrait de la Commission du vieux Paris du 15/05/1902 : » Jusqu’à la fin du XVIe siècle la rive gauche de la Seine occupée par l’Université était absolument dépourvue d’eau; les puits, seuls, fournissaient, chichement, ce qui était nécessaire à la population déjà très dense sur certains points. Encore ces puits étaient ils difficiles à établir à cause de la profondeur à laquelle se trouve la nappe. Sauf pour les parties basses avoisinant les lits de la Seine et de la Bièvre où les puits avaient de 6 à 10 mètres de profondeur, il fallait descendre à 28 et 30 mètres au-dessous du sol pour trouver l’eau, dans toute la région de l’Université. La nécessité de pourvoir d’eau cette partie de Paris qui se développait considérablement fut l’objet des préoccupations de Sully qui fit installer la pompe de la Samaritaine. »  sur ordre d’Henri IV malgré l’opposition du prévôt des marchants.

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1779 « Vue du Pont Neuf et de la Samaritaine prise sous une arche du Pont au Change » (Archive BNF). A noter que les eaux usées de l’époque aboutissaient directement dans la Seine.

samaritaine-carnavaletMais la raison principale de cette pompe installée dans un bâtiment sur pilotis, surmonté d’un réservoir, en aval du Pont Neuf, au droit de la second arche côté Louvre, était de pomper l’eau de la Seine pour alimenter les palais du Louvre et des Tuileries ainsi que ses jardins. Elle fut opérationnelle en 1608  c’est-à-dire avant l’aqueduc Médicis [1] fournissant 700 m3 d’eau par jour, puis elle fut rénovée dans les années 1714 et détruite en 1813.

 

Rémouleur

Le rémouleur est celui qui passait de rue en rue avec sa meule en grès [1] pour l’affûtage de tous les types d’objets tranchants à commencer par les couteaux. A l’origine au XIVe siècle ils étaient appelés esmouleurs de l’ancien français « aiguiser sur la meule ».

On les appelaient aussi les gagne-petits : « Argent my faut gaigner petit, Au mestier n’a pas grand rescousse, Mon acquest est si petit, Que je ne puis emplir ma bourse » tiré du dictionnaire des arts d’Alfred Franklin, ou encore « Que mon état est déplorable, En tous temps et tous lieux la misère me suit, L’on ferait cependant sotte figure à table, Sans le secours du gagne-petit » d’après une céramique de 1743 exposé au musée Carnavalet.

Dans la rue, son cri est bien connu des parisiens au jusqu’au début du XXe siècle  « Repassez couteaux! ciseaux! rasoirs! ». L’almanach du petit parisien en 1909 décrit: » Le rémouleur, avec son attirail bizarre, sa double meule, sa grande roue à pédale, le petit réservoir dont le robinet entouré d’un chiffon pleure goutte à goutte sur le grès luisant de la meule… ». A noter en fonction des période l’évolution des couvre-chefs (plusieurs Images archives BNF).

Un rémouleur au travail est figé dans la pierre à Paris même si de nos jours cette enseigne a été déplacée (l’angle des rues de l’Hôtel de Ville et des Nonnaies d’Hyères n’existe plus), ne subsiste qu’une copie à l’angle des rues de Jouy et de Fourcy (l’original étant au musée Carnavalet).

L’Unesco a dressé des pierres dans son jardin

Le siège de l’UNESCO est à Paris dans le 7e arrondissemnt au 7 rue de Fontenoy. Cette institution de l’ONU créé après la seconde guerre mondiale a dressé entre autres actions, une liste du Patrimoine mondial culturel et/ou naturel. Parmi les 7 belles réussites relatives à la préservation de réalisations de l’homme on trouve [1] :

  • Les pyramides de Gizeh en Egypte [2],
  • Le site archéologiques de Delphes en Grèce,
  • Le parc archéologique d’Angkor au Cambodge,
  • La vieille ville de Dubrovnik en Croatie,
  • Les 300 km de galeries des mines de sel de Wieliczka en Pologne
  • La ville de Venise en Italie (avec ses dômes dominant le grand canal),
  • Le temple de Borobudur en Indonésie (avec ses stupas sous des dômes).

Mais une autre belle réussite est le jardin japonais au siège de l’Unesco, « il se présente comme un paysage naturel » mais surtout « il est le premier créé par un sculpteur et non par un jardinier …la façon de disposer les roches est fondamentalement japonaise. Roches qui par ailleurs ont été importées du Japon. » selon la description donné par l’Unesco. Mais une des caractéristique de ce jardin est qu’il se compose d’au moins  7 roches dressées.

Et, non loin du jardin se trouve exposé, l’ange de Nagasaki, une tête d’ange en pierre endommagée par la bombe atomique [3].