Le bassin des sources de Lutèce

Bien avant les sources du nord de Paris [1], les romains dès le IIe siècle avaient imaginé un aqueduc pour alimenter Lutèce (les Thermes) depuis les hauteurs de Rungis et Wissous. Si les vestiges de l’aqueduc dans Paris sont connus [2] car partiellment visibles, le tracé depuis les sources reste approximatif tout en empruntant un tracé similaire à celui de l’aqueduc Médicis [3] à commencer par le pont aqueduc qui enjambe la vallée de la Bièvre à Arcueil-Cachan ou la découverte d’un tronçon de l’aqueduc menant à Paris, sur la commune de la Hay en 1907 qui établit que  » la rigole romaine a reçu une couverture. » d’après le Commission du Vieux Paris.

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Bassin des sources de Lutèce à Wissous

Le bassin romain du captage des sources à Wissous a été découvert en 1874 par l’ingénieur des eaux sous le préfet Haussmann [4], Eugène Belgrand (1810;1878). Ensuite il a été déterré et étudié de nouveau par la commission du Vieux Paris en 1903 (Archives BNF de la commission pour les photos n&b) : « Le bassin est carré, son coté mesurant intérieurement 3 m. 22 c.; dans le fond une cuvette carrée de 2 m. 07 c.de côté …Les diagonales du bassin sont à peu près orientées suivant les point cardinaux; chacun des quatre mur présente vers son milieu la pénétration d’une rigole, sur celui du NO, arrive la rigole de Rungis, sur celui du SE, arrive la petite rigole de Wissous, sur celui du du NE, arrive la grande rigole de Wissous, et sur celui du SO, part l’aqueduc de Paris…Le seuil de cette dernière est le plus bas, tant en étant de 0 m. 12 c. ».

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Vestige du pont aqueduc romain d’Arcueil selon une gravure de 1843
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Vestige de l’aqueduc romain menant à Paris situé à La Hay en 1907 et le nouvel aqueduc en arrière plan
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Vestige de la tête de l’aqueduc menant à Paris dans le bassin de Wissous en 1903

 

 

Les plus vieilles fontaines de Paris

Bien avant les aqueducs du sud comme celui de Marie de Médicis [1] ( et hors aqueduc romain [2]), ce sont les sources du nord qui ont fournit de l’eau à Paris. Deux fontaines toujours visibles remonteraient à la période de Philippe Auguste [3] celle des Innocents (mais pas d’origine) via le réseau du Pré-Saint-Gervais [4] et la fontaine Maubuée qu’alimentait l’aqueduc de Belleville [5] avant d’être reliée aux pompes Notre-Dame [6].plan-fontaines-eaux-bellevil-et-pre-saint-gervais

« Les eaux [du Pré-Saint-Gervais] alimentèrent d’abord la fontaine Saint-Lazare, ensuite celle des Filles-Dieu [ou Sainte-Foi], puis celle des Innocents, et enfin celle de la Halle… »d’après Dulaure, « Histoire de Paris », 1847.Alimentée par le réseau du Pré-Saint-Gervais donc , sur les 4 fontaines, la plus ancienne connue des historiens avant 1265 (vers 1178)  est celle de Saint-Lazare, par contre il ne reste actuellement que de nom la fontaine des Innocents car il ne s’agit pas de la fontaine d’origine (vers 1280 située dans l’ancien cimetière des Innocents) mais d’une fontaine renaissance (1558).

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Fontaine des Innocents style renaissance du XVIe siècle

La fontaine Maubuée (à l’angle des rues Saint-Martin et de Venise) signifie mauvaise lessive à cause des eaux de mauvaises qualité en provenance des sources de Belleville via l’ancien « Temple » et le prieuré  de Saint-Martin-des-Champs. Cette fontaine est peut être la plus ancienne encore visible, en voici une description : « Le bas relief en pierre montre une mer déchaînée, la galère est emportée par les flots, ses oriflammes claquent en haut des mâts et ses voiles se gonflent dans le vent. »

Regards du réseau des eaux du Pré-Saint-Gervais

Indépendamment des regards de Belleville [1] [2], l’autre réseau des sources du Nord a été construit sur les coteaux du Pré-Saint Gervais pour alimenter le prieuré de Saint-Lazare au XIIe siècle. Sur les 21 regards de ce réseau du Pré-Saint-Gervais il ne subsiste que quatre regards classés et bien conservés: « Article premier : Les regards des anciennes eaux de Paris ci-après désignés sont classés parmi les monuments historiques…Eaux du Pré-Saint-Gervais: Fontaine du Pré-Saint-Gervais , Regard des Maussins, Regard du Trou-Morin, Regard des Bernages… »extrait de l’Arrêté du 1 novembre 1899 signé de Monsieur le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, G. Leygues (1857;1933).plan-reseau-pre-saint-gervais

Le regard de la Prise des Eaux et fontaine du Pré-Saint Gervais, place du Général Leclerc en face la mairie de la ville, a été reconstruit sous Louis XIV pour récolter les eaux des sources en amont. C’est ce que précisait une inscription sur une plaque avec la mention à « Louis XIIII » nuance de l’époque ! A l’intérieur, un répartiteur perfectionné permettait de distribuer l’eau à commencer par celle de la fontaine (archives BNF Commission du Vieux paris pour les photos n&b).

Le regard du Trou-Morin (avenue Edouard Vaillant) a été rénové plusieurs fois, au XVIIe siècle et en 2005, il recevait les eaux des collines alentours ( Romainville et des Lilas) pour les acheminer grâce à des canalisations en plomb vers le regard de la Prise des Eaux du Pré-Saint-Gervais.

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Le regard des Maussins (Porte des Lilas, boulevard Serurier) a été déplacé comme la plaque gravée de ce texte l’indique : »Ouvrage construit au Moyen-Age reconstruit à la fin du XVIIe siècle pour recevoir les eaux de source du Pré-Saint-Gervais et reporté en 1963 à 350 mètres au sud-est de son emplacement primitif lors de la réalisation du réservoir des Lilas. »

Le regard des Bernages (avenue Alexander Fleming et en face l’avenue du Belvédère) a quant à lui, bien résisté au flot des véhicules, il est désormais collé au mur extérieur du périphérique.

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Distribution des eaux de Belleville

Les eaux de Belleville sous Louis XII, collectant les différentes sources dans des pierrées [1] en amont (0,4 m de haut), puis dans des aqueducs et enfin dans des canalisations en plomb, nous laisse quelques vestiges en pierre à savoir les aqueducs et les regards qui permettaient un accès. Tout ce réseau ou ce qu’il en reste avait été décrit et protégé par la Commission du Vieux Paris à la fin du XIXe siècle (croquis de M. Tesson, archive BNF des comptes rendus de la commission). En 1898, M. Tesson écrivait dans son rapport : » Les eaux de de Belleville ne servent plus à aucun usage domestique ni public; néanmoins elles coulent toujours plus ou moins abondamment… » et c’est encore le cas aujourd’hui.

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-Le grand aqueduc de Belleville (1,72 à 1,92 m) débute au regard de la Lanterne. Un tronçon est toujours visible et accessible sur visite, encore un peu d’eau est captée à l’intérieur, puis la section change rue des Cascades.

La section de l’aqueduc alimentant le regard de Saint-Martin est légèrement différente. Il coule encore (image à la Une) malgré son interruption par les fondations de l’immeuble en amont.

Les autres regards visibles des Messiers et de la Roquette sont reliés par des canalisations jusqu’à la rue de la Mare.

-L’aqueduc de l’Hôpital Saint-Louis possède des sections différentes. Il y a déjà une borne qui matérialise un tronçon au 5 rue des fleurs. D’abord alimenté par un aqueduc indépendant, après l’incendie de l’hôtel Dieu en 1772, il sera relié aux eaux du grand aqueduc de Belleville jusqu’à un « grand réservoir de pierre toujours visible » à l’est du nouvel hôpital, rue Juliette Dodu.

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Trompe l’oeil

La pierre est un support généralement bien adapté au trompe l’œil quand ce n’est pas la pierre elle même qui fait illusion, elle peut être magnifiquement imitée comme le faux marbre ou tout simplement la fausse pierre,le faux décor dans le domaine de la peinture décorative.

En dehors de ce premier exemple général d’autres sont particulièrement trompeurs pour l’œil en voici six autres classés par catégorie et débusqués dans les rues de Paris :

  • l’ anamorphose visible seulement depuis un endroit donné, à l’entrée du canal Saint-Martin, il s’agit d’une étoile dorée: « Georges Rousse a conçu cette oeuvre pour les Berges de la Seine, en référence à l’étoile polaire qui éclaire la nuit et guide le voyageur » [1] d’après la Ville de Paris, cela rappelle l’étoile du Petit Prince [2]  » Toi tu auras des étoiles comme personne n’en a … » Le Petit Prince,
  • le faux vestige d’un ensemble mural gallo-romain créé par l’architecte pour l’entrée de l’immeuble rue Pierre Nicole,faux-vestiges-romains
  • les vrais fausses façades ( dit le « façadisme ») pour masquer des équipements comme des puits d’aération [3] ou pour cacher le mur d’enceinte de Philippe Auguste [4] par exemple dans la cour du musée de l’art et de l’histoire du Judaïsme,pa-musee-histoire-du-judaisme
  • les fausses vraies façades en trompes l’œil comme une oeuvre à part entière, l’exemple de la rue de l’Evangile qui transforme le mur en vestige égyptien ou les fausses fenêtre non loin de Beaubourg,
  • le trompe l’œil qui n’abuse personne mais qui est un palliatif à l’impact visuel disgracieux d’un monument en travaux,
  • et enfin le trompe l’œil éphémère sur des monuments célèbres où il faut être à la bonne place et au bon moment comme en 2016 à la pyramide du Louvre .

Sur les traces de Philippe Auguste dans Paris

Parmi les grands personnages qui ont laissé des traces dans Paris et en particulier dans la pierre il y a Philippe II Auguste (1165;1223) :

  • la marque de ce roi est avant tout l’enceinte pour protéger Paris [1] qu’il a fait bâtir avant son départ pour les croisades , les vestiges de ce mur et des ses portes ou poternes associées ( poterne Barbette : rue des Blancs Manteaux, porte Saint Denis, rue Saint Denis) sont nombreux dans Paris et bien indiqués par des plaques gravées,

     

  • l’ancienne forteresse du Louvre porte également la marque de cette auguste guerrier,  » Au cœur du Louvre du roi de France Philippe Auguste, le donjon ou Grosse Tour, symbolise le pouvoir royal. Il s’élève à trente-et-un mètres de hauteur et est est entouré d’un fossé sec. » d’après les explication du musée du Louvre,

     

  • sa signature est présente sous forme de mosaïque dans la station de métro Cluny-La-Sorbonne et non pas à la station Philippe Auguste, non loin d’un des vestiges de l’enceinte qui fut démoli en 1848 pour le percement des rues de Cluny et Soufflot d’après une estampe (Archive BNF),

 

  • une statue se trouve à l’intérieur de son ancienne résidence royal, le palais de la Cité, actuel palais de Justice,pa-palais-de-justice

 

  • c’est également sur le Boulevard du Palais qu’une plaque gravée rappelle le baptême du jeune roi en 1165 en la chapelle Saint-Michel aujourd’hui disparue, qui était située dans la cour de la Sainte-Chapelle donnant sur l’ancienne rue de la Barillerie, pa-plaque-de-la-chapelle-saint-michel-boulevard-du-palais

 

  • une autre statue symbolisant le pouvoir militaire se trouve en haut d’une colonne d’un des deux pavillons d’octroi (celui du 12e arrondissement) de l’enceinte des fermiers généraux [2], actuelle place de la nation,

 

  • enfin les pierres les plus visibles encore de nos jours, certes plus modernes, mais pourtant dont la mise en place est attribuée à Philippe Auguste, sont les pavés [3] des rues. L’historien Rigord, contemporain de Philippe II, c’est lui qui le surnommera « Auguste » explique que, en 1185, l’odeur insupportable de la boue remuée par les voitures à cheval, poursuivait le roi jusqu’à l’intérieur de son palais et « Le roi n’y put tenir…Il convoqua les bourgeois et le prévôt de la ville, et, par son autorité royale, leur ordonna de paver, avec de fortes et dures pierres, toutes les rues et voies de la Cité. » pavage-pa

Murs caractéristiques dans Paris

Voici une sélection de 7 murs caractéristiques avec une fonction particulière que l’on peut admirer dans Paris :

1 – Les anciens murs d’enceinte de Paris [1] dont celui de Philippe Auguste [2], l’exemple du vestige dans les jardins Saint-Paul est un mur remarquablement bien conservé depuis presque mille ans,mur-pa-jardins-saint-paul

2 – Le mur sculpture de Paul Moreau-Vauthier (installé en 1909) à la mémoire des victimes des révolutions [3] dans le jardin Samuel-de-Champlain, contigu au cimetière du Père-Lachaise, avec un citation gravée sur le mur de Victor Hugo [4] : « Ce que nous demandons à l’ avenir, ce que nous voulons de lui, c’est la justice, ce n’est pas la vengeance. »mur-de-moreau-vauthier-en-1909mur-moreau-vauthier-parcmur-moreau-vauthier-vh

3 – Le mur des « je t’aime » en 311 langues, réalisé en carreaux de lave émaillée [5] en 2000 par Frédéric Baron et Claire Kito se trouve square Jehan-Rictus,mur-je-taime

4 – Les mur des Justes, allée des Justes, est un mur en hommage aux Justes de France dont les noms sont gravés qui ont sauvé des juifs pendant la seconde guerre mondiale,mur-des-justes

5 – Le mur végétal du quai Branly, créé par le botaniste Patrick Blanc en 2004, dans le prolongement du musée des arts premiers qui stipule sur son site « Formant un tapis de mousses à la surface d’un rocher … »,

6 – Les vraies-fausses façades pour masquer ou protéger un équipement comme les puits d’aération qui se trouvent près de la gare de Paris-Est, au 145 rue Lafayette ou au 174 rue du Faubourg Saint-Denis,174 rue du faubourg saint denis montage.jpg

7 – et tous les murs supports d’une oeuvre celle de Felix Roulin (1979) sur le mur du centre Wallonie-Bruxelles, 127 rue Saint-Martin ou un des « murs de l’an 2000″, rue du Colonel Driant, fresque peinte par l’artiste japonais Aki Kuroda : »Ses œuvres dessinent des figures esquissées qui sont plutôt des signes et des symboles que des représentations…Aki Kuroda donne au mur qu’il traite une dimension d’espace symbolique dans l’ esprit de son travail sur la relation  entre l’homme et l’univers » d’après la mairie de Paris, ou encore celui de la rue de Verneuil dernière maison de Serge Gainsbourg régulièrement tagué.