Sur les sept puits profonds forés dans Paris depuis la moitié du XIXe siècle, trois sont encore accessibles au public il s’agit des fontaines à l’Albien dont l’eau est refroidie pour être consommable. En effet ces forages ciblent les couches de l’Albien qui sont des niveaux argileux avec la capacité donc de retenir l’eau dans ce qui constitue une nappe d’eau chaude souterraine. Arago [1] avait eu l’idée le premier de venir recouper l’Albien une des couches du bassin parisien qui se retrouve affleurante aux embouchures de la Seine à l’ouest mais surtout dans l’Aube à l’est, qui lui a donné son nom, encore appelée sables verts. Toute la partie est avec une altitude moyenne de 130 m constitue le véritable « château d’eau » de ces eaux guidées dans les couches argileuses au delà des 500 m de profondeur sous le sol parisien.

Chronologiquement on retrouve les puits suivants :

  • le puits de l’abattoir de Grenelle, achevé après sept ans de travaux en février 1841 ( forage de 548,0m, eau à 26,7 °C, altitude environ 36 m ), une fontaine a d’abord été installée place de Breteuil mais c’est non loin , place Georges Mulot (l’ingénieur qui a réalisé les travaux) que subsiste un témoignage de ce passé,

  • le puits de Passy, achevé en octobre 1861 (forage de 586,5 m, altitude environ 53 m), une des trois fontaines à l’Albien accessible dans le square Lamartine, son eau alimente le bois de Boulogne,

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    Coupe géologique du puits de Passy
  • le puits de la raffinerie de sucre de M. Say, achevé en 1869 maintenant disparu (à l’emplacement de l’actuel square Louis Say), « Le trépand a rencontré à 562 m (cinq fois la hauteur du dôme des invalides) une nappe liquide qui a fait jaillir une colonne d’eau à la température de 28° C. » extrait de « Merveilles de la science »de 1870,
  • le puits de la place Hébert, achevé en 1891 ( forage de 719 m, eau à 30 °C, altitude 50,5 m), a alimenté la piscine Hébert de 1895 à 1989, un nouveau forage en 2000 à 740 m alimente une des trois fontaines à l’Albien accessible rue de la Madone,
  • le puits de la Butte-aux-Cailles, achevé péniblement en 1904 (forage de 582 m, approfondi en 1934 à 677 m, l’eau étant désormais prélevée à 610 m , altitude environ 59 m), une des trois fontaines à l’Albien accessible place Paul Verlaine ( Image à la Une), la piscine de la Butte-aux-Cailles a été alimenté par l’eau chaude du puits artésien jusqu’en 2006,
  • le puits pour alimenter en eau albienne la piscine Blomet de 1931 à 1960 (forage de 590m, altitude environ 37 m),

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    Piscine Blomet en 1929 ( Archive BNF)
  • et enfin le puits de l’ORTF de l’époque, à savoir la Maison de la Radio, utilisable à partir de novembre 1955 pour chauffer l’établissement (forage de 788 m, eau prélevée entre  530 et  570 m environ à 27°C moyen, altitude environ 29 m).

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    Coupe du fond de forage du puits ORTF

De nos jours, en Île-de France, ces eaux chaudes souterraines avec une température moyenne de 24°C sont largement exploitées pour le chauffage géothermique [2] dite  » géothermie basse énergie »comme à la Maison de la Radio depuis les années 50. Par ailleurs, ces argiles de l’Albien ont été largement exploités au XIXe siècle comme matière première à la fabrication des tuiles et des briques.

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