Georges Cain (1853;1919) a été un observateur attentif de l’histoire de Paris et en tant que contemporain de l’événement historique de la la crue de la Seine à Paris en 1910 [1] , il était bien placé pour le relater dans  dans son ouvrage « Les Pierre de Paris : La semaine d’un inondé » dont voici quelques extraits choisis (Image à la Une et suivantes, archives BNF) :

« Dimanche 23 janvier 1910 : Malgré la neige qui tombe en tourbillons, une foule dense assiège les parapets des quais…L’eau paraît sourdre de partout, par les murs, par les parois, par les fentes des pierres, sous les pavés, le long des rails des tramways…La Seine bourbeuse semble monter à l’assaut des ponts, des berges, des bateaux-lavoirs, des grands chalands noirs accotés aux quais et dont les mariniers doublent les amarres…tramway-1910

Lundi 24 : Rue de Sévigné résonne de sinistre coup de trompe annonçant qu’une équipe des pompiers occupant la caserne voisine part lutter contre quelques nouvelles catastrophe. Après le feu, ces braves gens vont affronter-en héros qu’ils sont-l’eau, l’eau traîtresse qui mine sournoisement les murs, prépare les éboulis, ouvre les crevasses…le sous-sol de la gare d’Orsay est envahi…La Seine verdâtre roule tumultueusement des poutres, des tonneaux , des débris informes…gare-dorsay-1910

Mardi 25 : La Seine monte toujours, la foule continue à envahir les quais…Debout sur leur siège, chauffeurs et cochers regardent par-dessus la tête des curieux… Le bruit court qu’on va faire sauter le pont d’Iéna, dont la masse obstrue le passage des eaux …Et le soir, on fait cercle autour de la lampe inutilisée depuis si longtemps et qui sent le pétrole…pont-sully-1910

Mercredi 26 : La Seine a encore monté…L’eau est jaune et sale, de grands remous moirés se forment à l’avant des bateaux amarrés et des pontons d’embarquement…Quai Voltaire, il y a 1m40 d’eau dans nos caves…des pompes d’épuisement sont installées…Les quais sont toujours remplis par la foule, plus curieuse encore qu’émue. Des camelots hurlent : » Demandez Paris sous l’eau…Le Déluge à Paris…Un franc la douzaine d’instantanées…Demandez… » La rue de Lille est complètement inondée, on y circule en bateau…1910 pompe Invalides 7 février

Jeudi 27 : Il gèle mais le temps est beau…Quatre égoutiers, bottés jusqu’à la ceinture, traversent dans leurs bras d’un trottoir à l’autre les malheureux locataires des rues inondées…La lumière électrique brille encore sur la rive droite…1910 rue Jacob et Bonaparte pave de bois

Vendredi 28 : Les eaux minérales et le pétrole manque totalement …La circulation est de plus en plus difficile; les pavés de bois disloqués par les eaux dansent sous les pieds. Au coin de la rue de Bellechasse et de la terrasse de la Légion d’honneur, un lac , un torrent…Les habitants doivent se servir d’une échelle pour  rentrer chez eux, par les fenêtres du premier étage !

1910-conciergerie

Samedi matin 29 janvier : La Seine décroit, on n’en saurait douter à voir la mince ligne blanche que la baisse des eaux laisse paraître sur les piles noires des ponts. Par contre nous n’avons ce matin ni journaux, ni gaz, ni électricité , ni téléphone, ni ascenseur et les deux seuls ponts assurant nos communications avec la rive droite sont le Pont-Neuf et le pont Royal, c’est-à-dire deux des plus anciens ponts de Paris…Le progrès ne serait-il qu’un vain mot ? »pont-royal-nov-1910

 

 

 

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