Sept générations d’esprits selon les Chroniques du Japon

A l’origine le ciel et la terre n’était qu’un immense œuf chaotique tout en contenant les éléments indispensables à la formation des premiers esprits du ciel d’abord puis de la terre.

La suite est très bien expliquée par Julius Klaproth (1783;1835) dans son « Aperçu de l’histoire mythologique des japonais « :

« Un être divin, ou kami, naquit au milieu. C’est cet événement qu’on regarde comme le commencement de la création…et qui fut le premier des sept esprits célestes. »

Selon les « Chroniques du Japon » ou Nihon shoki  plus récentes que le Kojiki voici les sept générations des esprits de la mythologie japonaise :

1 – le kami du « royaume toujours existant« ,

2 – le kami du « royaume du milieu… régna par la vertu de l’eau« ,

3 – le kami « qui puise en abondance du limon salé…régna par la vertu du feu »,

4 – le couple divin avec celui « qui cuit la terre argileuse…régna par la vertu du bois » et sa compagne « qui cuit la terre sablonneuse« ,

5 – le couple divin avec le « vénérable de la grande porte » et sa compagne « du bord de la grande natte. Ces deux esprits célestes régnèrent par la vertu du métal« ,

6-  le couple divin avec le « vénérable à face pleine » et sa compagne  » de la racine de la crainte. Ils régnèrent par la vertu de la terre »,

7 – et le couple « qui invite » formé par l’esprit mâle  Izanagi et l’esprit femelle Izanami . 

C’est ce dernier couple qui engendra les premières îles de l’archipel à partir d’un « pont flottant du ciel » et de « la pique céleste de pierre précieuse rouge » , « dans la suite ils engendrèrent la mer, les rivières, les montagnes, …l’aieul des arbres, … une espèce de bruyère qui est la mère de toutes les plantes. » mais aussi de nombreux autres kamis dont celui du feu que Izanami enfanta dans la douleur [1].

Ce pont flottant dans l’air n’est pas sans rappeler le monde flottant (sur l’eau) « ukiyo » et dont l' »ukiyo-e » est l’image du monde flottant dont un des plus célèbres représentants est Hokusaï [2] avec son chef-d’oeuvre « la grande vague » [3]. Et la pierre précieuse rouge pourrait contenir des gouttes de laves aptes à former les premières îles. Les indiens par exemple pensaient que le rubis [4] pouvait contenir un feu interne.

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Hokusai, une des 36 vues du Mont Fuji  (Pont Mannen)

 

Superstition japonaise sur les pointes de flèches en pierre

cartailhacAu XIXe siècle, les outils préhistoriques [1]  étaient encore appelés dans de nombreux pays pierres de tonnerre ou pierres de foudre comme les haches [2] . Un des premiers préhistoriens français Emile Cartailhac (1845;1921), relate dans « L’âge de pierre dans les souvenirs et superstitions populaires », à propos des pointes de flèches en silex de nos ancêtres, une croyance typique du Japon où chaque objet conçu de la main de l’homme a une âme :

« Au Japon, où les pointes sont considérées comme des reliques du temps des kamis, esprits ou divinités, elles prennent place dans les chapelets utilisés dans les pratiques religieuses. Dans les chroniques japonaises, 839 avant J.-C., il est dit que dans le pays de Dewa [dans les actuelles préfectures de Yamagata et d’Akita], après un orage qui, sans discontinuer, dura une semaine, le bord du rivage fut couvert de pierres pointues, de flèches et de lances, blanches et noires , vertes et rouges, qui n’y avaient pas été vues auparavant. En 885, au même endroit, la même pluie de dards se reproduisit deux fois. Un auteur donne cette explication : »Chaque année, une armée d’esprits passe par ce district accompagnée par la pluie et la tempête, et alors tombent ces flèches que les habitants retrouvent après l’orage particulièrement  sur la sable du rivage« . On comprend fort bien en effet que de grandes pluies lavent la terre et le sable et font apparaître à la surface les pierres taillées auparavant cachées…Nous disons familièrement : La pluie fait sortir les silex. »

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Pointes de flèches comparées d’après Cartailhac (Archive BNF)

Henri Imbert, un spécialiste de l’Asie du début du XXe siècle écrivait dans la « Revue indochinoise » : « Les Japonais considéraient les haches polies comme des pierres de foudre et les pointes des flèches comme les armes des esprits de la tempête qui passent en combattant dans les airs. »

D’Anville, une lumière des cartes

Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville (1697;1782), malgré ses talents de géographes et cartographes du Roi, s’était trompé sur la forme aplatie de la terre comme le soutenait Newton [1] et  Maupertuis [2]: « Monsieur Cassini le Fils a conclu, que la surface de la terre doit avoir la figure de l’Ellipse allongée vers les Pôles…Voilà donc la figure de la Terre changée plus sensiblement en Sphéroïde oblong, qu’elle n’est Sphéroïde contraire ou aplati dans l’hypothèse de Messieurs Huygens et Newton. » écrit d’Anville dans « Proposition d’une mesure de la Terre » (1735).

echelle-danvilleAvant que l’on ne mesure la terre d’une manière uniforme et harmonisée, en mètre, c’est l’homme lui-même qui inspirait les géomètres. Pour s’en convaincre les unités étaient le pied , la coudée, le pouce, la brasse et le pas. D’Anville a écrit un ouvrage en 1729 de 219 pages « Traité des mesures itinéraires anciennes et modernes» pour démêler les différentes mesures entre grecs et romains mais aussi entre les anciennes lieues des gaulois et la lieue moderne utilisée à l’époque en Europe et en Amérique. En Asie c’était le stade ou le li chinois et la lieue japonaise.

Mais c’est surtout sa collection et sa production de cartes qui était impressionnante, il a notamment cartographier le Japon à une époque où on se posait la question de savoir si le Japon était une île au nord, au pays de Jedso mal connue (actuelle île d’Hakkaido) : « Il y a des raisons pour conjecturer que cette Terre de Jedso peut être borner par ici. » écrivait il sur la « Carte générale de la Tartarie Chinoise » en 1732 (Archives des cartes BNF).

Et Bougainville déclara à propos du travail de d’Anville: « Celle qui m’a donné le plus de lumières, est la carte d’Asie de Monsieur d’Anville, publiée en 1752. »

L’Unesco a dressé des pierres dans son jardin

Le siège de l’UNESCO est à Paris dans le 7e arrondissemnt au 7 rue de Fontenoy. Cette institution de l’ONU créé après la seconde guerre mondiale a dressé entre autres actions, une liste du Patrimoine mondial culturel et/ou naturel. Parmi les 7 belles réussites relatives à la préservation de réalisations de l’homme on trouve [1] :

  • Les pyramides de Gizeh en Egypte [2],
  • Le site archéologiques de Delphes en Grèce,
  • Le parc archéologique d’Angkor au Cambodge,
  • La vieille ville de Dubrovnik en Croatie,
  • Les 300 km de galeries des mines de sel de Wieliczka en Pologne
  • La ville de Venise en Italie (avec ses dômes dominant le grand canal),
  • Le temple de Borobudur en Indonésie (avec ses stupas sous des dômes).

Mais une autre belle réussite est le jardin japonais au siège de l’Unesco, « il se présente comme un paysage naturel » mais surtout « il est le premier créé par un sculpteur et non par un jardinier …la façon de disposer les roches est fondamentalement japonaise. Roches qui par ailleurs ont été importées du Japon. » selon la description donné par l’Unesco. Mais une des caractéristique de ce jardin est qu’il se compose d’au moins  7 roches dressées.

Et, non loin du jardin se trouve exposé, l’ange de Nagasaki, une tête d’ange en pierre endommagée par la bombe atomique [3].

 

Déesses du feu dans les mythologies

Voici une liste non exhaustive des déesses liées à l’élément feu dans les mythologies :

  • Pélé déesse des volcans à Hawaï et ses célèbres cheveux de laves, déesse originaire de Tahiti,
  • Chantizo (ou Chantico) déesse aztèque des volcans , elle possède une langue de feu,
  • Sengen-Samba  déesse du mont Fuji au Japon et aussi la déesse créatrice japonaise Izanami qui est morte brûlée en accouchant du kami (esprit) du feu : Kagutsuchi,
  • Vesta déesse du feu sacré (Hestia chez les grecs) dans les temples romains, le feu du foyer dans les maisons [1] ,
  • Sainte Brigide d’Irlande qui a fondé un couvent à Kildare en Irlande est connue entre autres pour son feu éternel. Cette sainte est certainement issue de la grande déesse celte Brighid (ou Brigantia, la gauloise) patronne des médecins, des poètes et des forgerons.

Enfin Salvatore Dali nous a livré une femme volcan dans la lignée de ces mythologiques déesses.