Ponts à arches de Paris

« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. » Isaac Newton

Les ponts en bois ne résistent pas aux éléments ils subissent la destruction par l’eau des crues ou par le feu des incendies à commencer par les deux premiers ponts de Paris le « Petit-Pont » et le « Grand-Pont » (actuel Pont-au-Change). Ces ponts servaient comme aujourd’hui à relier l’île de la Cité que Henri Sauval (1620;1670)  appelait  » un grand navire enfoncé dans la vase et échoué au fil de l’eau, vers le milieu de la Seine ».

Les ponts maçonnés en pierres à arches, sur le principe de la voûte se sont donc imposés pour relier les rives et les îles de la Seine. Le plus ancien pont à arches (une seule en l’occurrence) a été construit en Chine en 610 (pont An-ji ou Zhaozhou). Il est toujours visible dans le district ou Xian, de Zhao.

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Pose de la première pierre du Pont-Neuf par Henri III le 31 mai 1578

Le Pont-Neuf dont la première pierre  fut posée par Henri III le 31 mai 1578 et la dernière sous Henri IV en 1607, fut le premier pont à accueillir les badauds car il ne possédait pas de maisons, comme les autres à l’époque, seulement de petites boutiques, il était et reste long (7 plus 5 arches ) avec de larges trottoirs bien éclairés (Gravures, archives BNF). Les constructions en pierres du pont Marie (1635) et du pont Royal (1689) suivront au XVIIe siècle.

En 1790 le pont de la Concorde a largement bénéficié des pierres démontées de la forteresse de la Bastille [1] et comporte des arches plus larges grâce aux progrès des techniques de constructions. Quant au pont de la Tournelle il a été pris comme référence du niveau d’eau de la Seine [2] et accueille la statue de la patronne de Paris, Sainte-Geneviève, tournée vers l’amont du fleuve comme pour mieux le surveiller.

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Pont de la Tournelle et statue de Sainte-Geneviève dans le prolongement d’une large pile  faisant butée à sa large arche

A partir de la moitié du XIXe siècle, période de l’extension de Paris avec les travaux Haussmanniens, c’est le début des ponts plus modernes, à arches métalliques, on peut citer la construction du pont de l’île de la Grande Jatte chère aux impressionnistes et sa réplique de la statue de la liberté tournée [3] vers New York  ou celui du pont de Mirabeau mis en vers par Apollinaire [4].

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Pont Mirabeau

Les ponts ne sont pas seulement aériens, ils vont devenir à la fin du XIXe siècle souterrains à savoir les tunnels creusés pour les premières lignes de métro, y compris sous la Seine au XXe siècle.

De nos jours nous tenons en main tous les jours les ponts typiques des différentes époques, depuis l’antiquité, sur le recto des 7 billets de banque européens, symbolisant un lien entre les pays.

Petits métiers élémentaires de Paris

Les petits métiers disparus ou presque étaient nombreux dans les rues de Paris, en voici quelques uns en rapport avec les éléments (Images, archives BNF) :

  • Le gagne-petit ou rémouleur [1] utilisaient l’eau et sa meule en grès pour affûter les outils à commencer par les couteaux et les ciseaux,
  • L’ allumeur de réverbère [2] dont le Petit Prince disait »Quand il allume son réverbère, c’est comme s’il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. »,
  • Les porteurs ou porteuses d’eau [3] ont résisté jusqu’au début du XXe siècle,
  • Le tailleur de pierre [4] devient rare dans les rues de Paris mais pourtant toujours indispensables pour le restauration [5] de bâtiment,
  • La marchande d’allumettes (et de briquets) rendue célèbre par Causette dans le roman « Les Misérables » de Victor Hugo [6],
  • Le paveur [7] [8]avec sa dame ou demoiselle pour stabiliser les pavés en les frappant avant le passage des voitures,
  • et enfin les conducteurs de charrettes [9] transportant les pierres de toutes les tailles.

Outils du tailleur de pierres

La taille de la pierre consiste à dresser les faces des blocs de pierre en provenance de la carrière. Il faut que les joints entre pierres soient dressés au moins sur cinq faces régulièrement afin que les pierres puissent se positionner uniformément les unes avec les autres. Pour ce faire le tailleur de pierres [1] disposent de plusieurs outils :

  •  Le tracé sur la pierre pour exploiter au mieux la taille sans déchets nécessite règle, équerre  et compas (Dans le cas particulier du grès, pierre dure, [2] le marquage se fait à l’aide d’une autre pierre l’ardoise),compas
  • La scie à grandes dents permet pour la pierre tendre (calcaire en général) de débiter ou de diviser les gros blocs de pierre (Image à la Une , archive BNF),
  • Le tailleur dispose d’une masse en fer ou gros marteau appelé têtu à pointe pour ébaucher son bloc de pierre,tetu
  • Le dégrossissage de volume important de matière peut se faire aussi à l’aide d’une pioche,
  • Le maillet et les ciseaux servent à la taille proprement dite avec plus ou moins de précision dans l’enlèvement de la matière, la sculpture constituant l’opération la plus poussée,
  • La ripe sert à gratter et à riper les parements,
  • A partir du XVIIIe siècle, la boucharde permet de préparer les parements, de dégrossir la pierre dure.boucharde

En général la pierre une fois taillée est marquée par le tailleur (ou tâcheron) et repérée avec des signes comme, par exemple, X pour le dessus et + pour le dessous .

Marc Aurèle, l’empereur philosophe

Marc Aurèle (121;180) empereur et philosophe romain (Image à la Une) a beaucoup réfléchit à la condition de l’homme et sur lui-même en particulier, dans son environnement par rapport aux quatre éléments : »Pensées pour moi-même » regroupées dans douze livres.

Voici quelques extraits choisis : « De même que la partie terrestre de mon être est une partie détachée de quelque terre, que la partie humide d’un autre élément, que la partie prise à l’air d’une autre source, et que la chaleur et le feu dont je suis animé viennent d’une source particulière, puisque rien ne vient de rien et que rien ne s’abîme dans le néant ; de même aussi, l’intelligence doit nous venir de quelque part. » Livre IV

« Se rappeler toujours cette sentence d’Héraclite : La mort de la terre, c’est de se changer en eau; la mort de l’eau, c’est de se changer en air; la mort de l’air, de se changer en feu; et réciproquement. »  Livre IV

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Héraclite (Archive BNF)

En effet, Héraclite d’Ephèse (vers -544; vers -480) considérait le Feu comme principe du monde, comme semence  : » Ce monde a toujours été et il est et il sera un feu éternellement vivant »(fragment 30) ou encore  » Contre le feu se changent toute chose et contre toutes chose le feu comme on peut échanger des biens contre de l ‘or et de l’or contre des biens »(fragment 90).

 

 

 

Quatre éléments en idéogrammes

Même si en Asie, on identifie cinq éléments voici les quatre éléments occidentaux représentés avec quatre idéogrammes ou kanji (c’est-à-dire un caractère chinois).

ventLe vent (Feng en mandarin) : Il s’agit ici de l’idéogramme simplifié que l’on retrouve dans le Feng shui signifiant « le vent et l’eau ». L’élément invisible que constitue le vent est pris en compte dans l’équilibre de l’agencement à l’intérieur d’une habitation.

eauL’eau (Shui en mandarin) : C’est donc l’élément visible et complémentaire dans le Feng shui. En japonais (mizu), ce kanji est limité à l’eau froide et, associé avec d’autres idéogrammes, il amène des mots comme hydrogène, eau douce , hydraulique, inondation etc…

feuLe feu (huo en mandarin) :  L’idéogramme s’apparence à une flamme d’un feu. En japonais (hi), associé à d’autres kanji, amène des mots comme volcan, incendie, feu d’artifice , mèche etc …

 

terreLa terre (tu en mandarin) : Cet idéogramme a une base large comme bien posée sur le sol. En japonais ce kanji, en s’associant avec d’autres, forme les mots fondations, céramique, terrain , territoire, etc ….

 

 

« Le feng shui n’est pas qu’une philosophie, un discours ésotérique sur l’ordre caché du monde. C’est une pratique. Celui qui sait dessiner les trajets et les demeures du souffle saura recommander au bâtisseur la bonne place où établir sa maison. » Erik Orsenna dans « Portrait du Gulf Stream, Éloge des courants ».

La lithographie

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Pierre matrice

Comme son nom l’indique, en grec ancien, la lithograhie consiste à écrire (« graphein ») à l’aide d’une pierre (« lithos ») où plus exactement à imprimer à partir d’une pierre calcaire [1] dite lithographique, de formation jurassique, celles de Solenhofen en Bavière appartient à l’oolithe supérieur. « Le grain de cette pierre est très fin et serré, sa cassure est lisse et écailleuse et facilite le travail de débitage et du dressage précédant le grainage. Sa couleur est blanc, jaunâtre, jaune ou grise, et à chaque couleur correspond un état de dureté conciliable avec les différents travaux de la lithographie…L’opération de « grainage » s’opère soit avec du grès, soit avec du sablon selon la grosseur du grain que l’on désire » d’après la revue « La science et la vie » de 1918.

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Opération manuelle de « grainage »

Ensuite, le dessin est réalisé sur la pierre avec une matière grasse, à l’aide d’un crayon lithographique, qui deviendra après traitement le support d’une légère couche d’encre susceptible de se déposer sur une feuille de papier pressée contre la pierre encrée. La presse lithographique en bois à bras, inventée par l’allemand Aloys Senefelder à la fin du XVIIIe siècle, va vite devenir mécanisée ( Image à la Une centenaire de la lithographie, 1895, archive BNF). Etant donné l’encombrement (en épaisseur), le coût et le poids des pierres, celles-ci ont vite été remplacées par du zinc ou de l’aluminium, on devrait donc dans ce cas parler de métallographie mais le terme lithographie est resté.

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L’a(uthe)ntique statue de Buffon

buffon-statue-gravureLa statue de Buffon [1] (Images , archives BNF) dans la pure tradition grecque des naturalistes, réalisée par Pajou [2] en 1870, recèle quelques anecdotes intéressantes :

-Le cervelet de Buffon a été conservé dans une urne de cristal selon la méthode des égyptiens et placé dans le piédestal de la statue. Quant à la dépouille du comte, y compris son crâne, elle a été inhumée à Montbard en Bourgogne près de ses célèbres forges. D’après la plaque du piédestal son cervelet a été déposé le 7 octobre 1870.

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Buffon statue Museum avec cervelet

-La plaque gravé du vivant de Buffon dans le marbre qui est apposé sur le piédestal porte une inscription en latin qui signifie « Le génie de l’Homme égal à la Majesté de la Nature». Mais à l’origine il s’agissait d’une autre inscription tirée de l’épigraphe de Voltaire de son « Essai sur la nature du feu et sur sa propagation, 1738»  en vers latin  « ignis ubique latet, naturam amplectitur omnem » ce qui signifie à peu près « Le feu est caché partout, la Nature embrasse tout ». C’est la seconde partie de cette épigraphe « naturam  amplectitur omnem » c’est- à-dire  « La Nature embrasse tout » qui était l’inscription latine d’origine au pied de la statue réalisée par Pajou. (d’après  Eugène Muller,1897, dans « Curiosités »). Certainement jugé trop polémique à l’époque !

Cette statue est maintenant conservée dans le bâtiment de la Grande galerie de l’évolution à Paris dont l’entrée fait face à la rue Buffon.