Cabinet de curiosités minérales du XVIIIe siècle

Le règne minéral tient une place importante dans l’Histoire Naturelle de Buffon [1], et les cabinets de curiosités du XVIIIe siècle d’un naturaliste contenaient une large gamme de ces productions de la nature. En voici l’énumération d’Alexandre Savérien (1720;1805), un savant de cette époque :

« Voici en effet ce que contient ou doit contenir ce cabinet…On y voit donc les terres, les argiles, les tourbes, les terres bolaires [argiles fines], les ocres, les craies, les marnes, les différents sables, les ardoises, les asbsestes [amiantes], les pierres ollaires ou micacées [stéatite], les pierres à chaux, les spaths [calcite], les congélations [concrétions], les gypses ou pierres à plâtre, les cailloux , les pierres de roche, les cristallisations, les sels, les pyrites, les charbons et autres bitumes, les laves et les scories des volcans…

Et dans l’armoire des pierres sont différents cristaux, et toutes les pierres précieuses dans leurs matrices, tels que l’agate, la cornaline, le jade, la sardoine [variété de calcédoine], l’onyx, la calcédoine, la jaspe, le porphyre, le granit, le lapis-lazuli, le marbre, l’albâtre, le spath ou cristal d’Islande [pierre de soleil des Vikings], la pierre de Boulogne [originaire d’Italie avec du souffre], la serpentine, le talc, l’amiante, le basalte ou pierre de touche, les cailloux d’Egypte et d’Angleterre [souvent polis]. »

L’ensemble se présentant en général dans des vitrines derrière du verre, matière minérale par excellence qui nous entoure dans la vie de tous les jours car élaboré à partit d’un sable siliceux [2] très pur.

 

Sablières pour sablage dans les rues de Paris

Pour le « Nettoiement de la Ville de Paris » en 1839 concernant le service de sablage un article précise de « répandre dans les temps de gelées et de verglas, du sable en quantité suffisante, sur les ponts et sur les parties montueuses des boulevards et des quais », toujours d’actualité dans le « Journal municipal » de 1911 : « En temps de gelée, pour rendre le pavé moins glissant, on répand du sable fin » (Image à la Une archive BNF). La sablage permet non seulement d’assurer le pied des passants mais surtout , à cette époque, le pied des chevaux sur le pavé [1]. Pour approvisionner ce sable, il est amener par charrettes à bras ou a cheval et quelquefois emmagasiné dans des sablières ou boites à sable dont certaines sont encore visibles dans Paris.

Ce mobilier urbain du début du XXe siècle (vers 1901; vers 1919) est en fonte, on retrouve les initiales de la Ville de Paris et son blason encadré par deux lauriers. L’ensemble est surmonté à 1,5 m de hauteur environ par la devise de la capitale  Fluctuat nec mergitur  [2].

Avec le sel [3] et la mécanisation, les procédés de traitement ont évolué et les sablières ou boites à sable ont disparu à l’exception de cinq d’entre elles, transformées en bouche d’aération pour les abris souterrains des cantonniers actuels (avenue Trudaine, avenue Gabriel, place de la reine Astrid, avenue de Friedland et avenue de Saxe).

Sabliers

Un sablier est principalement fait de verre et de sables fins, le sable siliceux étant la matière première du verre donc le contenu est le contenant sont des sables [1]. Comme l’eau, le sable prend la forme du contenant. Il est l’objet qui permet de contrôler le temps depuis le moyen-âge en occident, facilement utilisable par tous les particuliers, même si les horloges mécaniques, plutôt inabordables, existaient déjà. Dans « Le ménagier de Paris », traité de morale et d’économie domestique composé vers 1393 il est fait mention d’une technique de récupération du sablon issu du sciage des marbres intitulée « Pour faire sablon a mettre a orloge. » ou plus exactement les horloges de sable ainsi dénommées à l’époque. Un architecte italien de la fin du XVIIe siècle, Domenico Martinelli (1650;1718), de son coté préconise « pour mettre dans les Horloges de sable, qu’on met sur les tables…On pourra aussi fort bien se servir de marbre en poudre, de sable de rivière, ou de celui dont on sert pour tailler le verre, mais la poudre que j’estime le plus, est celle qu’on fait avec du plomb ou de l’étain. »  De nos jours, le sablier se trouve plus rarement sur la table de nos cuisines pour vérifier la cuisson d’un œuf, mais plutôt dans l’environnement sec et chaud du sauna dont la chaleur est produite par des pierres chaudes.

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Sablier du XVIe siècle

En effet les sabliers disent le temps à travers le sable qui s’écoule. Ils sont donc les premiers appareils à compter le temps par écoulement d’un fluide comme les clepsydres [2] qui utilisent de l’eau, mais en mer sur les vaisseaux dès le XVe siècle le sable moins soumis aux mouvements reste indispensable à la navigation. Même si des sabliers de 4 heures existaient il fallait le retourner au bon moment pour la continuité de la mesure de l’heure à bord. En 1750, à l’Académie royale des Sciences, il est même présenté la « Description d’un sablier de 30 heures, propre à servir sur mer,  marquant distinctement les heures et les minutes une à une, et qui ne s’arrête pas dans le temps même qu’on le tourne, par M. l’abbé Soumille. »

 

Les pyramides d’Egypte selon Lamartine

Cette fascination, qui pour ces pyramides [1] rescapées des 7 merveilles du monde antique [2] au milieu du désert, a connu des années de grande découvertes avec Champollion [3] notamment, elle s’exerce toujours et puisse survivre encore longtemps comme inspiration pour le futur. Alphonse de Lamartine (1790;1869) dans « Le tailleur de pierres de Saint Point » nous livre le texte suivant :

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A. Lamartine ( Archive BNF) 

« On dit qu’il y a, dans un pays qu’on appelle l’Egypte, des amas de pierre taillés aussi haute que les montagnes, sans qu’on puisse savoir seulement ni pourquoi ni par qui ces pierres ont été ainsi élevées en gradins les unes sur les autres, ni dans quelle reculement infini du temps.Les peuples, les rois, les prêtres, les mystères, les historiens, les ossements eux-mêmes, tout s’est fondu dans la mémoire de notre espèce, tout a coulé avec les eaux d’un fleuve qu’on appelle le Nil, tout s’est envolé avec ce sable qu’on appelle le désert; eh bien oui, monsieur, un soldat, qui est revenu ici d’Egypte et qui m’a raconté ces pyramides, dit qu’on a découvert des carrières grandes comme des lits de mer, dont ces pierres de taille ont été tirées, qu’on en voit encore les chantiers qui ne sont qu’à moitié sciées par la scie des égyptiens ou des géants de ces temps-là, et que même il a vu sur une brique que ces pierres revêtaient  l’empreinte du pied et de la main d’un des ouvriers qui bâtissaient et qui façonnaient ces monuments… Cela console l’homme de sa fragilité, n’est ce pas ?  Aussi cela lui fait penser combien il est peu de chose à côté de ce grain de pierre qu’il détache sous son marteau et qui durera tant de siècles après notre poussière à nous.  » 

Une des carrières de calcaire tendre les plus appréciées des bâtisseurs de l’antiquité était certainement celle de Tourah au sud du Caire sur la rive droite du Nil.

 

Le coin du collectionneur

Les collections sont multiples, les noms de ces amateurs éclairés aussi :

  • Sables [1] : Arénophile ou sabuphile
  • Coquillages : Concyophile
  • Pierres de monuments : elgéniste
  • Pierres gravées: lithophiliste
  • Pierres et galets : pétrophile ou pétrophiliste?
  • Pierre en forme d’animaux [2] : Chaillozoophile
  • Minéraux : Minéralophile
  • Cristaux : Cristallophile
  • Flacons d’eaux : Aquaphiliste/ aquaphile ?
  • Objets qui générent du feu : pyrogénophile
  • Tout se qui se rattache aux astres : astronophiliste
  • Météorites [3], fossiles [4] : collectionneur de météorites  ? de fossiles ?

Et peut être faudrait-il rajouter une des premières collections virtuelles celle des « poképhiles » avec ses Pokémon types : eau (Akwakwak, Aquali, Carapuce, etc …), feu ( Caninos, Goupix, etc…), roche ( Gravalanch , Racaillou, etc …) et pour l’air le type insecte (Papilusion, etc …) ou vol ( Piafabec, Rapasdepic,  etc …) ?

[1] Sables et couleurs

[2] Pierres figures

[3] Pluie d’aérolithes

[4] Fossiles : la quête du caillou manquant

Sables

« Le sable n’a rien fait que de s’agglomérer en caillou, et les cailloux n’ont rien fait que de s’égrainer en sable. » d’après la bien nommée George Sand (malgré que ce soit un pseudonyme) dans « Légendes rustiques – Le ruisseau » [1]

Les sables sont différents en dimensions c’est le domaine du classement granulométrique [2] comme en couleurs [3] mais surtout en qualité : le sable du désert [4] n’est pas le même que le sable des rivières où il est largement prélevé dans des sablières. Quant au sable des fonds sous-marins il est également exploité en grande quantité mais il est de moins bonne qualité. Car les sables en général sont indispensables à la construction et si la qualité n’est pas au rendez-vous alors les bâtiments deviennent de véritables châteaux de sable, c’est-à-dire fragiles.

Dans d’autres contextes, le sable de la plage fera le bonheur de tous en se transformant en terrain de jeux, de pêche ou tout simplement de repos. Balayé par le vent, remué par les eaux douce et salée, transformé par l’homme dans des fours [5] et agrégé au cours du temps par la nature, les sable ont été, sont et seront encore confrontés aux éléments et à l’homme en tant qu’acteur géologique et industriel majeur.

[1] Le ruisseau, l’insecte et le lotus

[2] Classifications granulométriques

[3] Sables et couleurs

[4] Le désert de sable …

[5] Les renaissances du verre