Volcans classés au patrimoine mondial

Parmi les volcans actifs classés au patrimoine mondial de l’Unesco en voici 7 :

  • Les îles Galapagos (inscrites en 1978) dont la riche faune endémique a inspiré Charles Darwin dans sa réflexion sur sa théorie de l’évolution [1],
  • Les îles Éoliennes (inscrites en 2000) qui ont donné leurs noms à deux types d’éruptions Vulcano [2] pour vulcanienne et Stromboli pour strombolienne [3],
  • L’Etna [4] (inscrit en 2013) le volcan le plus actif, le plus haut et un des plus dangereux en Europe [5],
  • L’île islandaise de Surtsey (inscrite en 2008) sortie de mer à la suite d’une éruption de 1963 à 1967 a, peu à peu, été colonisée par la végétation,
  • Les pitons, cirques et remparts de l’île de la Réunion dans l’océan indien (inscrits en 2010) constituent un écosystème remarquable avec un volcan La Fournaise, le bien nommé, régulièrement en effusion,
  • Le parc national des volcans d’Hawaï [6] (inscrit en 1997) constitue un complexe volcanique très étudié à l’instar de ces émissions de gaz appelés « vog » [7] tout en conservant une forte connotation spirituel avec la déesse Pélé [8],
  • Les volcans du Kamtchatka [9] (inscrits en 2001) représentent des énormes volumes de basalte et différents types de volcanisme encore en activité.

Les saints feux

Le feu Saint-Elme est un phénomène électrique qui se produit surtout pendant les orages, où l’air est ionisé (il y a une similitude avec les orages volcaniques qui produisent des éclairs), à l’extrémité de mats de navire ou d’aile d’avion. Il a été considéré par les marins comme une manifestation divine. Au XVIIIe siècle, avec l’invention du paratonnerre [1], il a été démystifié.

feu saint Elme« Les étoiles se posent sur les antennes et sur d’autres parties des vaisseaux avec une espèce de son vocal, comme des oiseaux allant de place en place » Pline l’ancien « Histoire naturelle »livre II, chapitre 37.

Jules Verne [2] dans « Voyage au centre de la terre » évoque un feu de Saint-Elme qui se déclare sur le mat de leur radeau dans la grotte. Plus concrètement, Darwin [3] observe un feu Saint-Elme du côté de Rio de la Plata  (entre l’ Uruguay et l’ Argentine) en 1832 dans son voyage autour du monde à bord du Beagle.

« A la Saint Jean, les feux sont grands » dit le dicton. L’ancestrale feu de la Saint Jean-Baptiste, le 24 juin, jour du solstice d’été est une manière de prolonger encore les « feux du soleil » pour ce jour le plus long de l’année (Image à la Une, feu de la Saint Jean, place de Grève à Paris, archive BNF).

Dans un autre registre, le feu Saint-Antoine, quant à lui, fait référence à une maladie qui a fait de nombreuses victimes en France au XIe siècle.

[1] Du foudre à la foudre

[2] Jules Verne : le visionnaire des éléments

[3] Darwin et les Galapagos

 

Les coraux de la vie, de l’évolution

A l’instar de  Buffon [1] qui a étudié et décrit le corail [2] comme un organisme vivant, Darwin [3] s’y est intéressé et en a fait des descriptions durant son voyage autour du monde dans son ouvrage intitulé « Les récifs de corail, leur structure et leur distribution », tout comme il a décrit la formation géologique des atolls et de leur banc de corail.

Le corail se retrouve représenté dans sa première esquisse de l’arbre de la vie dans ses notes antérieures à la publication « De l’origine des espèces » (1859).

A propos de l’arbre de la vie de Darwin, Bredekamp dans  son livre « Les coraux de Darwin » écrit  « Avec le corail, il était en possession d’un modèle d’évolution permettant de visualiser l’action du temps de façon d’autant plus significative qu’il rendait visible, d’un seul coup d’œil, la séparation entre les espèces encore vivante et les espèces mortes. Les points, espèces éteintes, renvoyaient aux bras pétrifiés des coraux» ou encore «  Ce sont justement ces ramifications qui manquaient aux arbres, car les branches transversales symbolisant les trois règnes de la nature dans l’esquisse de Darwin ne peuvent en principe plus se souder. Il en est autrement des coraux chez qui les branches et les ramifications peuvent toujours produire de nouvelles unions même après leur divisions » En effet, avec les progrès sur le décodage de l’ADN,  la découverte de l’ homme de Denisova contemporain à celui de Neandertal et de l’Homo sapiens, les chercheurs ont découvert des gènes communs avec notre ADN modernes même si ce n’est que quelques pour-cents par individu. Mais pour l’homme de Neandertal si l’on cumule ces portions d’ADN différentes pris individuellement sur l’ensemble de la population actuelle, le pourcentage pourrait s’élever à plusieurs dizaines de pourcents !

 

[1] Buffon et la géologie moderne

[2] Récifs coralliens

[3] Darwin et les Galapagos

 

Terre de Feu*

*Terre de Feu, 54° de latitude sud, à la pointe du Chili [1] (Image à la Une : carte de J. Grange 1847, archive BNF). A l’est, les îles de la Géorgie du sud qui est à la même latitude que la Terre de Feu et recouverte à plus de 50% de glaciers [2].

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Carte de Nicolas Ranconnette de 1780 (Archive BNF)

Le nom de cet archipel vient du passage de Magellan en 1520 qui fut inspiré par les nombreux feux allumés sur la côte par les fuégiens. Darwin lui-même a pu constater ce fait (Tome I, chap. 10) : « 17 décembre 1832… Les sauvages suivent le vaisseau, et, à la nuit tombante, nous apercevons le feu qu’ils ont allumé…On peut décrire la Terre de Feu en deux mots : un pays montagneux en partie submergé, de telle sorte que de profonds détroits et de vastes baies occupent la place des vallées. ». Darwin a laissé son nom à la cordillère qui traverse la Grande île de la Terre de Feu, à un mont, à un détroit et à une île.

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Carte de Nicolas de Fer de 1705 : »Pays de désolation fort montagneux et couvert de neiges. » (Archive BNF)

Passage de nombreux navigateurs à commencer par Magellan et le détroit qui porte son nom (52° de latitude sud). Darwin dans son voyage vers les îles Galapagos [3] en passant par la Terre de Feu écrit ceci : « La ligne des neiges éternelles, lesquelles d’après le capitaine King, descendent dans le détroit de Magellan à une hauteur de 3000 à 4000 pieds » soit 914 à 1219 m et d’après A. E. Brehm dans « Merveilles de la nature » (1892), la limite des neiges « persistantes » est à 1100m. De nos jours l’étage nival est compris entre 800 et 1300 m ce qui reste cohérent compte tenu des moyens de mesure utilisés il y a plus d’un siècle.

[1] Chili : un pays pimenté de volcans

[2] Marche et recul des glaciers

[3] Darwin et les Galapagos

Iles volcaniques isolées

Les îles inspirent des écrivains aux scientifiques, elles attirent les voyageurs, pas de naufragés sans les îles bref ce morceau de caillou au milieu de nulle part, a forcement un lien chargé de souvenirs pour certains, de rêves pour d’autres. Mais en ce qui concerne les îles volcaniques isolées il existe une dimension supplémentaire et on peut presque prendre la citation de Erik Orsenna au sens propre  » Une île est par définition fragile, nomade. Tout le monde a peur qu’elle se dissolve à un moment donné ou parte à la dérive. » (Lire, juin 1997).

Le suisse Xavier Rosset est un « Robinson » des temps modernes ; il a passé « 300 jours sur une île » c’est le titre de son aventure  mais « 300 jours sur une île volcanique »  pourrait également convenir. Cette île c’est « Tofua Island » dans l’archipel des Tonga (lat. -19.7512° long. -175.075°). Au passage, l’île Robinson Crusoé existe, elle est au large du Chili (lat -33.641 long. -78.841) et n’est absolument pas déserte.

Et puis pratiquement aux antipodes, il y a ce récit de Hervé Bazin: Les bienheureux de la Désolation[1] : « Une éruption volcanique projette une petite communauté insulaire, sans transition, du Moyen-Age en plein XXe siècle ». C’est une histoire vraie qui s’est déroulée en 1961 sur l’île de « Tristan da Cunha », (lat. -37.1063° long. -12.2856°) dépendance britannique, et dont le surnom est l’île de la Désolation. L’histoire de ces femmes et ces hommes qui ont goûté aux progrès, au monde moderne, est très riche d’enseignements …

Par contre en 1840, dans la mer des Solomon, la population de l’ile Tinakula (lat. -10.3833 long. 165.8) n’a pas survécu à une éruption.

Il existe, aux antipodes, des îles volcaniques qui s’appellent justement Antipodes dans le Pacifique sud (lat. -49.6667° long. 178.767°) et qui correspondent de l’autre coté du globe à quelques secondes d’arc près à Barfleur dans la Manche (lat. 49.6696° long. -1.2665°).

Dans la série volcanique, isolée, et peu connue, avec un beau cratère, il y a l’île française Saint Paul, (lat.-38.7282° long.77.5218°) dans l’océan indien en Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Cette région du monde a été colonisée mais depuis l’épisode dit des « Oubliés de l’île Saint Paul » morts du scorbut dans les années 1930, elle est essentiellement visitée par les missions scientifiques. Plus connues ce sont les îles Kerguelen mais elles étaient quand même, autrefois, appelées, les îles de la Désolation.

L’ile d’Anatahan (lat.16.35° long.145.67°) de l’archipel des îles Mariannes du Nord, est connu au Japon pour avoir été si isolée pendant la seconde guerre mondiale que les habitants ont découvert la capitulation seulement en 1951 ! Cette histoire a inspiré un film japonais sorti deux ans plus tard : « Fièvre à Anatahan. »

Ou encore quand les îles fusionnent à la faveur d’une éruption pour rompre un peu de leur isolement, cela s’est déroulé dans les années 2000  entre l’île de McDonald (lat.-53.0389° long.72.6011°) et sa voisine.

Ce qui est intéressant de noter c’est que de nos jours les éruptions îliennes isolées sont facilement détectées et même suivies par les satellites : à commencer par l’île Montagu (lat.-58.4166 ° long. -26.3833°), les îles Sandwitch du sud avec le mont Belinda, et plus récemment dans les îles Kouriles, le Sarychev.

Enfin il y a les îles volcaniques Galápagos (de l’îlot Darwin au nord à l’île Isabela ) où Darwin, au cours de son périple[2], a commencé à élaborer sa théorie de l’évolution grâce à l’isolement des espèces. Il est aussi le premier à avoir élaboré une autre théorie qui est moins connue, la formation des atolls qui sont ni plus ni moins que des volcans qui s’enfoncent et qui sont colonisés petit à petit par du corail.

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[1] « Les bienheureux de la Désolation », Hervé Bazin, Seuil, 1970.

[2] « Darwin, l’homme qui osa », Catherine Bousquet, Belin, 2009.

Darwin et les Galapagos

Darwin était un naturaliste dans la lignée spirituelle de Buffon, sa description de l’archipel des Galapagos est la suivante : «15 septembre 1835. Toutes les îles se composent de roches volcaniques. » Le 17 septembre sur l’île San Cristobal (Chatham) :« La surface surchauffée par les rayons d’un soleil ardent, rend l’air lourd, étouffant, comme celui qu’on pourrait respirer dans un four…La surface entière de cette partie de l’île semble avoir été trouée comme une écumoire par les vapeurs souterraines ». Par ailleurs sur cette île, il existe de nombreux sentiers qui mènent dans les hauteurs aux seules sources d’eau douce, c’est grâce à la tortue « Elle en boit des quantités considérables et elle se vautre dans la boue … A force de passer par le même chemin, elles ont tracé de véritables routes qui rayonnent dans toutes les directions depuis les sources jusqu’à la côte. »

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Le 29 septembre, à propos des îles Isabela (Albemale) et Fernandina (Narborough) : » Ces deux îles sont recouvertes d’une quantité formidable de lave noire qui a débordé au-dessus des immenses cratères…Nous avons vu dans l’île d’Albemale un petit jet de fumée s’échapper du sommet de l’un des grands cratères. » Il s’agit certainement d’après la carte de 1883 (image à la Une, archive BNF), d’un des deux « volcans actifs » de l’époque indiqués avec un point rouge, celui de l’île Isabela est le « Cerro Azul » (1640m second plus haut sommet de l’île). Les volcans boucliers basaltique de type « Galapagos  » comme celui de l’île de Isabela sont connus pour être en forme de carapace de tortue.

Cet archipel de l’Equateur sur l’équateur est donc constitué d’îles volcaniques émergés de type point chaud et c’est justement le point de départ à la réflexion de Darwin sur ce « petit monde à lui seul » où « les production organiques sont essentiellement indigènes » ce qui a donné « la première apparition de nouveaux êtres sur la terre ». Et c’est ainsi qu’il va mettre en évidence qu’un groupe de moineaux endémique va seulement se différencier par leurs formes de becs qui a évolué en fonction des graines qu’ils mangent « une seule espèce s’est modifiée pour atteindre des buts différents .» C’est l’étincelle qui va inspirer à Darwin sa théorie sur « L’évolution des espèces par voie de sélection naturelle » publiée en 1859.

Depuis, dans la région, Darwin a donné son nom à une des îles au nord de l’archipel et à un des cratères de l’île Isabella (Albermarle) mais aussi à la postérité.

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Île Darwin (1° 40’43″N, 92°00’14″O)

Coco(tier)s et corail

Charles Darwin dans son « Voyage d’un naturaliste autour du monde »,  écrit le 1er avril 1836 « Nous arrivons en vue de l’île Keeling ou île des Cocos, située dans l’océan Indien à environ 600 milles [1111 km] de la côte de Sumatra. C’est un attol, ou île de corail… »

C’est un territoire australien depuis 1984, constitué de plusieurs atolls isolés géographiquement et aussi géologiquement : « A l’intérieur du lagoon, l’eau transparente, tranquille, peu profonde, repose presque partout sur un fond de sable blanc…Le sol se compose entièrement de fragments arrondis de corail…En dehors des arbres, le nombre des plantes est très limité…La liste des animaux terrestres est encore plus pauvre que celle des plantes…Les longs rubans de terre qui forment les îlots sont élevés hors de l’eau juste assez pour que la vague puisse rejeter sur eux des fragments de coraux et le vent y accumuler des sables calcaires. »

C’est en fait que du corail, du calcaire que Darwin rencontre et qui va lui permettre d’expliquer  « la cause de la forme particulière des attols » par  » la théorie de la croissance continue des coraux pendant l’affaissement du sol [volcanique à l’origine]. »

atoll d'après darwin

Le 6 avril, Darwin écrit:  » Les forces organiques empruntent, un par un , aux vagues écumantes, les atomes de carbonate de chaux [calcaire] et les absorbent pour les transformer en une construction symétrique. »

Mais dans un petit atoll au nord de Keeling, la découverte d’une pierre en grès attire l’attention de Darwin: « Il est fort extraordinaire, en effet, qu’on ait découvert cette unique pierre à un endroit où tout ce qui est solide est composé de matières calcaires. » C’est ainsi que Darwin conforté par le récit d’un autre naturaliste explique  » J’en vins à la conclusion que ce bloc de grès devait avoir été transporté dans les racines de quelques gros arbres. » comme c’est la cas dans un groupe d’îles de corail du pacifique où les habitants « se procurent les pierres nécessaires pour aiguiser leurs outils en cherchant dans les racines d’arbres amenés par les vagues sur les côtes de leurs îles. Il est évident qu’on a dû en trouver plusieurs fois, puisque la loi du pays ordonne que ces pierres appartiennent aux chefs. »