7 choses à savoir sur Buffon

Georges-Louis-Leclerc comte de Buffon c’est :

 

Les éléments et le chaos

 » Ces volcans, ces déluges, ces cataclysmes, cet ouvrage informe du temps  et de la matière, les saintes Écritures l’appellent l’âge du chaos » dans « Le poème de Myrza »,  George Sand [1].

Les anciens entendaient par chaos soit l’espace infini qui exista avant toutes choses, soit le mélange de tous les éléments. En géologie c’est un amas  désordonné de rochers. La théorie du chaos en physique est relatif à un système complexe comme certaines circulations d’air et d’eau (Image à la Une crédit Nasa).

« Ineffable lever du premier rayon d’or !
Du jour éclairant tout sans rien savoir encor !
Ô Matin des matins ! amour ! joie effrénée
De commencer le temps, l’heure, le mois, l’année !
Ouverture du monde ! instant prodigieux !
La nuit se dissolvait dans les énormes cieux
Où rien ne tremble, où rien ne pleure, où rien ne souffre ;
Autant que le chaos la lumière était gouffre ;
Dieu se manifestait dans sa calme grandeur,
Certitude pour l’âme et pour les yeux splendeur ;
De faîte en faîte, au ciel et sur terre, et dans toutes
Les épaisseurs de l’être aux innombrables voûtes,
On voyait l’évidence adorable éclater ;
Le monde s’ébauchait ; tout semblait méditer ;
Les types primitifs, offrant dans leur mélange
Presque la brute informe et rude et presque l’ange,
Surgissaient, orageux, gigantesques, touffus ;
On sentait tressaillir sous leurs groupes confus
La terre, inépuisable et suprême matrice ;
La création sainte, à son tour créatrice,
Modelait vaguement des aspects merveilleux,
Faisait sortir l’essaim des êtres fabuleux

Tantôt des bois, tantôt des mers, tantôt des nues,
Et proposait à Dieu des formes inconnues
Que le temps, moissonneur pensif, plus tard changea ;
On sentait sourdre, et vivre, et végéter déjà
Tous les arbres futurs, pins, érables, yeuses,
Dans des verdissements de feuilles monstrueuses ;
Une sorte de vie excessive gonflait
La mamelle du monde au mystérieux lait ;
Tout semblait presque hors de la mesure éclore ;
Comme si la nature, en étant proche encore,
Eût pris, pour ses essais sur la terre et les eaux,
Une difformité splendide au noir chaos. »

« La Légende des Siècles », Victor Hugo [2]

4 terre

Les quatre éléments poétiques selon Bachelard

“Devant une flamme, dès qu’on rêve, ce que l’on perçoit n’est rien au regard de ce qu’on imagine.”

LE FEU

Je suis tout feu
Je suis tout flamme
Je suis encore lampe
Ainsi que lumière

L’EAU

Je suis le prétexte d’images ni très constantes ni très solides
Je peux encore être à la fois intensité et profondeur
Je suis l’élément nourricier
Je suis le seul élément qui puisse bercer

L’AIR

Je suis le mouvement vers le haut, vers le bas
L’imagination que j’engendre offre rêves et représentations
Changement et mobilité sont attendus de mes phénomènes
De moi se déduisent les fondements de la psychologie ascensionnelle

LA TERRE

Je suis l’illimité sous toutes ses formes
Ainsi que la dureté sous toutes ses intensités
Le rapport de la main avec mes matières origine la vie travaillée
Enfin, je rassemble toutes les perspectives du caché

Gaston Bachelard (1884;1962) a utilisé les quatre éléments dans « La psychanalyse du feu », « L’eau et les rêves », « L’air et les songes », « La terre et les rêveries de la volonté », « La terre et les rêveries du repos », pour tenter une explication aux mythes , aux rêves et à l’imaginaire.

 

Des éléments sur le Louvre à Paris

Si l’on retrouve les quatre éléments à l’intérieur du Louvre à Paris [1] c’est également le cas à l’extérieur, aux quatre coins de cet ensemble architecturale imposant et particulièrement bien orné.

C’est d’abord l’eau que l’on retrouve en abondance avec les différentes nymphes à commencer par celle de Goujon que Pajou a repris comme modèle sur la fontaine des Innocents [2].

Goujon, nous a également laissé dans la Cour Carrée, aile Lescot, un magnifique Neptune et un grand personnage lié à l’eau; Archimède [3]. La figure allégorique de l’eau proprement dite par Hubert Lavigne (1818; 1882), se trouve aile Turgot de la cour Napoléon, côté ouest.

L’eau est également associée avec la terre sur un œil de bœuf de l’aile Nord de la cour Carrée (Image à la Une) et sur le haut de la lucarne du pavillon Colbert respectivement par Jean-Baptiste Roman (1792;1835) et par Victor Vilain (1818;1899).

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La terre et l’eau par Roman, aile nord de la cour Carrée
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La terre et l’eau par Vilain , lucarne du pavillon Colbert

Dans la cour Napoléon, l’air se trouve aile Daru  par Hyancinthe Philéas Sobre (1826;1902) et enfin le feu est représenté par Henri Frédéric Iselin (1825;1905), aile Turgot.

 

Les quatre éléments des grecs …

La doctrine des quatre élément est associée à Empédocle [1], un des sept sages selon Vitruse [2], mais les philosophes grecs ont commencé par d’admettre qu’un seul élément, l’eau avec Thalès de Milet (vers -625; vers -545J.C.) [3], l’air avec Anaximène (vers -585; vers -525) ou Diogène d’Apollonie (Ve siècle avant J.C.) et le feu avec Héraclite d’Ephèse (vers -544; vers -480) [4].

Platon (-428 ; -348, Image à la Une) s’inspirant de Philolaos de Crotone  (vers -470; vers -385) attribua des figures géométrique aux éléments : le cube à la terre, l’icosaèdre à l’eau, l’octaèdre à l’air et le tétraèdre au feu.  Mais surtout, il y voit des échanges entre les éléments : »Nous croyons voir que l’eau se condensant devient pierre et terre; en se fondant et en se divisant ,elle devient vent et air; l’air enflammé devient du feu; le feu condensé et éteint reprend la forme d’air; l’air épaissi se change en brouillard, puis s’écoule en eau; de l’eau se forme la terre et les pierres. »

aristote
Aristote

Aristote (-384;-322) considérait lui :  » La chair, le bois referment de la terre et du feu en puissance que l’on peut en séparer » . Ce dernier élément, le feu, deviendra le creuset de l’alchimie [5] qui s’attachera à en tirer une cinquième substance ultime, la quintessence, la pierre philosophale. Le chimiste français Marcelin Berthelot (1827;1907) dans de son ouvrage intitulé « Les origines de l’Alchimie » écrit : « Les opinions des alchimistes grecs ont une affinité singulièrement frappante avec celles que Platon exprime dans le Timée…Tous les corps de la nature, d’après les adeptes grecs, sont formés par une même matière fondamentale… » et à propos de la matière ultime, que ce soit à partir du mercure, du plomb ou de l’étain,  il explique la « philosophie » des anciens alchimistes: « en lui enlevant d’abord la liquidité, c’est-à-dire une eau, un élément mobile et fluide, qui l’empêche d’atteindre la perfection. Il faut aussi le fixer, lui ôter sa volubilité,  c’est-à-dire un air, un élément aérien qu’il renferme; … qu’il faut séparer encore une terre, un élément terrestre, une scorie grossière, qui s’oppose à sa parfaite atténuation. »