Du Cracatoa au Krakatoa

« L’île de Cracatoa est la plus méridionale du groupe situé à l’entrée du détroit de la Sonde…L’île de Cracatoa est réputée fort saine en comparaison de celles des environs. Elle offre des terrains élevés qui, de tous côtés, s’élèvent peu à peu depuis les bords de la mer; elle est couverte d’arbres, excepté en quelques endroits que les insulaires ont défrichés, et où ils cultivent du riz. » (février 1780) extraits du journal de bord du vaisseau « Discovery » complété après la mort du capitaine Cook (1728;1779) pendant le voyage de retour en Europe.

C’était un temps encore paisible dans le détroit de la Sonde en Indonésie avant (Image à la Une depuis la côte d’Anyer, archives BNF) la tristement célèbre éruption de 1883 du volcan [1] ainsi présentée dans la Gazette du Village du 9 septembre 1883 : « C’est, dit une correspondante, le 25 août que les premiers signes de l’éruption du Volcan Cracatoa furent remarqués. Des grondements souterrains étaient entendus à Batavia [Jakarta]. On ne s’en inquiéta pas tout d’abord, mais peu à peu une pluie de poussière vint obscurcir l’atmosphère et des pierres incandescentes accompagnées de débris enflammés inondèrent la ville. Les eaux du détroit, ajoute la correspondante, bouillonnaient; leur température s’est élevée de plus de 20 degrés et des lames énormes venaient s’abattre sur le côte de Java. » krakatau-carte-avant-et-apres-1883

Par la suite l’îlot, au centre des trois îles rescapées de l’éruption de 1883, surnommée l’enfant du Krakatoa (Anak Krakatau en indonésien) va grandir à coups d’éruptions régulièrement relatées par la presse.  Dans le journal « Le Matin » du 27 janvier 1928 on peut lire:  » Le volcan Crakatoa manifeste de l’activité », et encore dans « Le Populaire » du 25 janvier 1930: « Batavia, 24 janvier – Le Volcan Krakatoa est entré en éruption. Des masses de terre et des rochers incandescents ont été projetés hors du cratère, ainsi que d’énormes flammes et des gaz brûlants. »

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L’effet Pompéi

Certainement que de nombreux sites ou trésors de pierres ont été oubliés car recouverts par des couches de cendres et le sont encore. L’exemple le plus connu est sans doute la découverte des cités de Pompéi et d Herculanum [1] ensevelies par le Vésuve. Pompéi, en particulier, est une véritable photo en 3 dimensions prise en l’an 79 du royaume de Naples. » Ne serait-ce pas là le plus merveilleux Musée de la terre? Une ville romaine conservée toute entière, comme si ses habitants venait d’en sortir un quart d’heure auparavant. » Chateaubriand à propos de Pompéi, après son voyage en Sicile au début du XIXe siècle.

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Pompéi et en arrière plan le Vésuve, fin XIXe siècle (archives BNF)

L’Indonésie est un pays particulièrement « volcanique » de ce point de vue qui vit depuis longtemps au rythme de ses éruptions et autres déchaînements chthoniens. Le temple de Borobudur du IXe siècle (Image à la Une) fut dégagé de ses cendres au XIX e siècle, restauré en 1970 par l’Unesco et classé patrimoine de l’humanité en 1991. Mais cet exemple de redécouverte de ce patrimoine, compte tenu de la taille du monument, n’en pas aussi étonnant que le trésor de pierres précieuses, découvert non loin, et également enseveli par les cendres du Mérapi [2] au Xe siècle.

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Maquette du temple de Borobudur de l’Unesco à Paris

Longtemps resté un mystère, daté avec la seule connaissance de son existence indirecte dans un dépôt de cendres issu des carottes de glace prélevées aux pôles, les chercheurs ont découvert en 2014, le lieu de la grande éruption de 1257 [3] et a donc éveillé la curiosités des archéologues. En effet l’île de Lombok avec le volcan Samalas (actuel complexe du Rinjani) était au XIIIe siècle un royaume qui à l’époque de l’éruption était fleurissant avec des cités, à commencer par la capitale du royaume, comme pour Pompéi qui furent ensevelies et certainement bien conservées.

Les eaux sacrées

Partout dans le monde l’eau peut être reliée à un acte religieux, celui de se purifier, de se laver des péchés:

  • Au Japon, l’initiation des prêtres shintoïstes se fait avec le rituel du bain.
  • En Inde, la purification dans le Gange est une pratique de l’hindouisme « Portant le Gange sur sa tête, il prit possession de tous les moyens de libération du monde » Karapâtrî Shiva-tatva Siddhânta. Le Gange ( de la déesse des eaux Ganga) prend sa source dans le plus haut château d’eau du monde, l’Himalaya [1].Japon eau sacrée.jpg
  • En Indonésie, à Bali, la religion de l’eau « Agama Tirta » est capable de tout purifier.
  • Les ablutions dans l’Islam sont obligatoires avant la prière.
  • Le bain rituel du judaisme est le Mikvé.
  • Chez les chrétiens l’eau est une renaissance avec le baptême et l’épisode du Déluge a la fois destructeur et purificateur. « C’est de l’eau et de la terre qu’est façonné le premier homme » d’après l’Ancien testament, à l’instar du mythe de Prométhée [2]. L’eau est bénite à l’entrée des églises jusqu’à l’eau de Lourdes qui permettrait de guérir.
  • Les étangs sacrées sont présent dans la plupart des temples égyptiens de la vallée du Nil, fleuve sacrée par excellence.

Les crues du Nil ont également permis l’essor d’une discipline comme on peut le voir dans une explication iconologique de la géographie selon Jean-Baptiste Boudard [3]« C’est la description du Globe terrestre en générale, ou seulement par partie. On en représente l’allégorie sous la figure d’une belle femme vêtue à l’Egyptienne, pour faire connaître que cette science a été trouvée par le secours de la Géométrie, dont l’origine vient des Egyptiens, qui s’en servaient pour retrouver les limites de leurs terres après les inondations du Nil. Elle mesure avec un compas sur un Globe,  et tient un quart de cercle, instrument mathématique nécessaire à ses opérations. »

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La géographie selon Jean-Baptiste Boudard ( Iconologie, archive BNF)

[1] Himalaya : troisième pôle

[2] Prométhée et la connaissance

[3] Iconologie : le monde des quatre éléments

Briques

«  Si vous dites aux grandes personnes :  » J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit …  » elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire  » J’ai vu une maison de cent mille francs.  » Alors elles s’écrient :  »  Comme c’est jolie!  » Antoine de Saint-Exupéry dans « Le Petit Prince ».

Dans l’Histoire d’Hérodote, il est rapporté qu’un prince d’Egypte aurait laissé une pyramide de brique avec cette  inscription gravée sur une brique « Ne me méprise pas, en me comparant aux pyramides de pierre. Je suis autant au-dessus d’elles que Jupiter est au-dessus des autres dieux : car en plongeant un épieu dans le lac et en recueillant la vase qui s’y était attachée, on en a fait les briques dont je suis construite. »

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C’est vrai que Palembang à Sumatra Est (Indonésie), était une ville portuaire centrale pour la grande route transasiatique des Indes, dont les traces archéologiques sont peu nombreuses car dans un tel environnement marécageux, peu de pierres sont disponibles car pour les bâtiments en dur, la brique a majoritairement été utilisé et réutilisé pour finir dans les eaux marécageuses.

Dans l’histoire relatée de la religion juive, craignant un Déluge de feu sur Terre,  les observations des astres furent gravées dans la brique pour en conserver la mémoire, la brique réfractaire exactement. Elle est en effet un élément essentiel pour contenir un feu intense comme dans le four à pain. Elles sont à base d’une forte teneur en silice, c’est également le cas de certaine « tuile » qui protège la navette spatiale soumise à de hautes températures pendant la rentrée dans l’atmosphère.

Les briques ont été , sont et resteront des pierres de construction massive au sens propre comme au figuré : dans ce dernier cas il y a le point de vue de l’ingénieur qui va parler de briques technologique pour avancer dans son projet ou le biologiste qui parle de briques de la vie.

Eruptions à l’air libre en présence d’eau

Ou comment les volcans ont inventé l’eau chaude !

Les épanchements de lave et l’action de l’eau et des glaciers ont toujours été intimement liés à l’histoire de la terre. Par ailleurs, comme le volcanisme, l’eau est indispensable à la vie mais quand les deux éléments se rencontrent dans des conditions de température et de pression différentes cela produit des interactions particulières et souvent spectaculaires.

Les éruptions sous-glaciaires comme en Islande sous le glacier Vatnajokull avec un de ses sept volcans connus le Grimsvotn[1]  c’est surtout l’éruption de 1996 qui est à l’origine d’un phénomène destructeur particulier liée à l’eau glacée le « Jokulhlaup »: mélange d’eau, de boue et de glace en crue. Des conditions similaires se retrouvent  sur le volcan le plus septentrional le Beerenberg  ou sur le plus austral,le mont Erebus(un des rares cratères avec un lac de lave permanent).

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Le Beerenberg au XIXe siècle ( Lat. 71° 04’48″N, Long. 8° 10’12 » O)

Pour rester en Antarctique, le volcanisme étant très difficile à appréhender sous la glace les conséquences d’une forte éruption sont encore mal connues[2]. Il existe des montagnes à sommets plats, maintenant découvertes, vestiges d’éruptions sous-glaciaires que l’on nomme les « tuyas », comme dans les îles du détroit de Béring (les îles Diomède).

Les éruptions sous-marines sont plus connues comme celles de Surtey en Islande , Krakatoa en Indonésie, Tonga , Kulombo ,  Tarumae, récemment dans les Salomon le Kavach entre deux eaux ou plus exactement entre deux états de l’eau.

Les éruptions dans un lac de cratère (limnique) profond en général avec un stockage de gaz carbonique dissous brusquement relâché comme au lac Nyos (1986) ou son voisin le lac Monoun (1984). Le lac Kivu barré par les montagne des Virunga, lui, représente un risque potentiel de dégazage avec du méthane en plus.

Il y a également les éruptions qui engendrent des coulées de boues très destructrices, les « lahars »comme celle de l’éruption du Nevado del Ruiz qui a eu lieue en 1985 ou en Nouvelle Zélande avec la vidange d’un lac en 2007, lui-même barré par une accumulation de cendres formée en 1996.

Il ne faut pas oublier que les gaz volcaniques, moteur de l’éruption, sont constitués de plus de 50% de vapeur d’eau.

[1] http://en.vedur.is/earthquakes-and-volcanism/articles/nr/2040

[2] http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/volcanologie/d/un-volcan-cache-sous-la-glace-en-antarctique_14325/

Les volcans c’est aussi du sport

« Quand on commence à gravir un volcan, on contemple avec ravissement les scènes riantes et variées qui se déroulent; mais à mesure qu’on s’élève, le pied se heurte plus fréquemment contre des roches aiguës…La marche devient pénible; et ce qui rende difficile l’accès du cratère, ce n’est pas seulement la déclivité du cône, c’est aussi le peu de résistance qu’offrent les cendres, les sables , les scories sur lesquels on pose le pied. » Arnold Boscowitz dans « Les volcans » 1890

C’est connu depuis longtemps, c’est du sport d’escalader les volcans et de nombreux sportifs sont attirés par ces pentes particulières.

Que remarque-t-on le plus autour du mont Fuji au Japon vu du ciel ? des golfs, sport national du Japon, tout est dans le geste parfait à l’instar du maniement du sabre ou celui du pinceau des calligraphes.

A l’instar de Haroun Tazieff skiant sur les cendres dans les années 1980, la version moderne se fait avec du kayak et du snowboard sur les pentes du Fugo dans les îles du Cap Vert : un « Volcano ride »[1] ou au Nicaragua sur le Cerro Negro[2].

Par contre il existe de vraies stations de ski sur les pentes enneigées de l’Etna, des volcans du Canada, du Chili (Villarica)[3], de Nouvelle-Zélande (Ruapehu),  et du Japon.

La course du Grand Raid à La Réunion avec l’ascension du Piton de la Fournaise est une référence ou celle sur le mont Cameroun et toutes les autres …en Guadeloupe[4] , en Indonésie aussi il y a une course appelée « Les volcans de l’extrême ». Le sommet des volcans est également un merveilleux terrain d’envol pour les parapentistes et les libéristes, c’est quelquefois l’occasion d’une petite cérémonie rituelle avec un chaman.

En Italie on peut faire du « volcanyoning » dans une coulée de l’Etna[5] avant d’assister au tour d’Italie cycliste qui passe souvent dans la région. En 2011 les coureurs ont eu chaud en passant par Zafferana quelques jours après une petite crise de l’Etna[6].

Plus atypique, il existe une discipline qui exploite les entrailles des volcans, à l’instar de Jules Verne,  la « volcanospéléologie »[7]  !

Sans oublier les nombreux VTTistes, alpinistes et simples randonneurs qui arpentent les volcans du monde entiers.

[1] http://www.startin-sport.com/descente-volcan-kayak-snowboard.htm

[2] http://www.cyberpresse.ca/voyage/destinations/amerique-latine/201004/22/01-4272988-du-surf-a-flanc-de-volcan.php

[3] http://www.powderquest.com/ski-south-america/ski-chile/ski-resorts/villarrica-pucon.aspx

[4] http://www.altitudestropicales.com/volcano-trail-2011.html

[5] http://www.descente-canyon.com/canyoning/canyon-description/21744/topo.html

[6] http://www.i-actu.com/pour-le-giro-2011-on-roulera-sur-un-volcan

[7] http://www.vulcanospeleology.org/photogal.html

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Cendres et volcans

« Se transformer en cendres, nourrir les plantes, permettre au cycle de la vie de suivre son cours. C’est la seule forme d’éternité à laquelle je puisse aspirer. » André Brink dans « Une saison blanche et sèche »

C’est bien connu que l’Indonésie et les Philippines produisent trois récoltes de riz par an grâce aux sols fertiles dopés par les cendres volcaniques riches en sels minéraux  et à son climat (chaud et humide) mais ce n’est ni le seul endroit ni les seules cultures qui prospèrent grâce à l’apport des dépôts d’éruptions passées.

En Indonésie, les noix de muscade et les clous de girofles sont presque sacrés dans ce que l’on surnomme le « jardin de Java  » dans la plaine de Kedu proche du Mandala géant le Borobudur et de plusieurs volcans javanais comme le Mérapi.

Café, thé, cacao, vanille aiment les sols volcaniques fertiles aussi bien que la chaleur et l’humidité  Les meilleures terres à café sont d’origine volcanique  comme au Costa Rica ou encore sur les pentes du mont Cameroun.

Le célèbre parc du Serengeti et ses sols volcaniques sont parfaits pour la prairie et l’épanouissement des animaux.

Les vignes de Lanzarote ou celles d’Italie qui ont fait la richesse des cités antiques sont bien connues. Pline l’ancien déjà vantait cette formidable fertilité des sols pour la vigne.

Au nord du Rwanda et en Ouganda l’agriculture sur des sols volcaniques est intensive à contrario en Australie on trouve les roches les plus anciennes avec des sols peu renouvelés par des éruptions volcanique et des régions pour la plupart semi arides, aussi c’est à grand renfort d’engrais que l’agriculture peu survivre et encore les pluies sont très aléatoires d’une année sur l’autre (l’exception c’est un ancien volcan australien qui abrite des vignobles le mont Canobolas).

Dans le parc de Yellowstone une faune et une flore endémique prospèrent grâce à des dépôts anciens. Dans les eaux chaudes il y a surtout des bactéries thermophiles que l’on retrouvent aussi au fond des océans proches des sources hydrothermales et qui pourraient trouver des applications industrielles* dans les années à venir (certains y verront peut être un moyen de « jouer avec le feu »). Les rejets des volcans sous-marins au large des îles Tonga (étude sur le volcan Home Reef en particulier) ont permis à un chercheur de mettre en évidence une augmentation de l’activité biologique en fournissant des nutriments pour le développement de la vie en milieu aquatique.

*http://mediathequedelamer.com/wp-content/uploads/dossier-bacteries-des-abysses.pdf

 

http://mediathequedelamer.com/wp-content/uploads/dossier-bacteries-des-abysses.pdf