«Argos manquait d’eau, mais, grâce aux Danaïdes, l’eau a abondé à Argos», Hésiode

Précipitées aux Enfers (le Tartare), les filles de Danaos (ou Danaüs, prince égyptien) furent condamnées à remplir un récipient percé ce qui rendait leur tâche sans fin (Image à la Une, archive BNF). Elles devinrent prêtresses de l’eau près de Lerne (le marais sans fond repaire de l’Hydre [1]) à Argos en Grèce. C’est un peu l’équivalent du supplice de Sisyphe [2] avec son rocher. « N’est-ce pas, en dépit de la pente rebelle, Pousser vers une cime un rocher qui chancelle Et qui, près de s’asseoir aux suprêmes sommets, Roule, fuyant le but qu’il n’atteindra jamais? Dans l’âme, sans combler sa renaissante envie, Incessamment verser les bienfaits de la vie, Comme fait tous les ans le retour des saisons Qui rendent aux humains les fruits et les moissons, N’est-ce point ressembler aux vierges Danaïdes Qui remplissaient sans cesse des vases toujours vides ? » Lucrèce, De la nature des choses ,III, 1025.

C’est un cycle sans fin ou l’éternel recommencement des tâches répétitives de la vie (des saisons selon Lucrèce). Un autre sens est le fait de continuellement dépenser, c’est, à défaut de récipient, le « panier percé ». On peut aussi rapprocher à ce mythe l’expression « un puits sans fond » surtout que le célèbre tonneau percé des Danaïdes est devenu une allégorie à l’origine de l’art de forer des puits et de canaliser les sources, les rivières et les fontaines [3]. A ne pas confondre, à une lettre près, avec les Naïades (en grec signifie couler), ces nymphes qui ornent les fontaines comme sur la fontaine des Innocents à Paris.

[1] Les oiseaux symboliques

[2] La vie assumée de Sisyphe

[3] L’eau des fontaines

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